"Le Client" d’Asghar Farhadi : dérives et pressions sociales iraniennes

Par @Culturebox
Publié le 09/11/2016 à 10H42
Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti dans "Le Client"

Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti dans "Le Client"

© Habib Majidi

Asghar Farhadi nous livre à travers le portrait d’un couple de comédiens, une analyse de l’état moral et politique de son pays, l’Iran. Un film coup de poing, prix du meilleur scénario et de l'interprétation masculine pour Shahab Hosseini au dernier festival de Cannes, desservi par une intrigue trop sibylline et un récit un brin moralisateur.

La note Culturebox

3
3/5
Pour sa deuxième participation à la compétition après "Le Passé" en 2013 avec Ali Moissafa, Tahar Rahim et  Bérénice Bejo où Asghar Farhadi filmait les retrouvailles pour le moins conflictuelles d’un homme et d’une femme après quatre années de séparation, le cinéaste iranien nous propose avec "Le Client", une radiographie de son pays, de ses interdits, à travers le regard d’un couple de comédiens de théâtre.
 
Et si cette dernière réalisation n’a pas la puissance d’"Une séparation", Ours d’or, César et Oscar du meilleur film étranger en 2011, où il auscultait les métamorphoses lentes de son pays, elle n’en reste pas moins saisissante. Nous suivons Emad et Rana ( Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti), un jeune couple contraint de quitter leur appartement du centre de Téhéran à cause d’importants travaux. Un ami, comédien lui aussi, ne tardera pas à leur trouver un nouveau logement.

 

Liberté

Tout se passait bien, au départ, avant que les choses ne se gâtent. En cause, l’appartement dans lequel ils viennent d’emménager. Avant eux, une femme à la vie pour le moins dissolue y habitait. Son passé va ressurgir, à la faveur d'un quiproquo dramatique. Et Emad, comédien et enseignant moderne de verser vers de soudaines préoccupations conservatrices, en même temps que son réalisateur. Car avec "Le Client" et malgré l’analyse intéressante qu’il fait des relations humaines et sociales dans son pays, Farhadi nous propose un récit un tantinet moralisateur. Il faut dire qu'en Iran, aucun film ne peut être tourné sans visa ou distribué sans autorisation du ministère de la Culture.

Le cinéaste l’avait lui-même reconnu à Cannes cette année: "on n’a pas une liberté totale du choix des sujets que l’on veut aborder". Si, avec "Une séparation" ou même un peu plus tôt dans "A propos d'Elly" où le réalisateur réussissait à dissimuler derrière un scénario d’une apparente simplicité, une critique acerbe, perçante et complexe de la vie en Iran, il n'y parvient cette fois pas vraiment.

L’intrigue qui nous est présentée est bien trop légère pour nous emporter totalement. Subsiste malgré tout la prestation intense et enlevée de deux acteurs habités par un désir de liberté, jusqu'à ce que la tradition, implacable, n'ait raison d'eux.

LA FICHE

Drame de Asghar Farhadi - Avec Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti - Durée : 2h05. Sortie le 9 novembre 2016.

Synopsis : Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d'importants travaux menaçant l'immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l’ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple.