"La Voie de l'ennemi": Bouchareb et Whitaker revisitent "2 Hommes dans la ville"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 05/05/2014 à 19H09, publié le 05/05/2014 à 17H06
Forest Whitaker dans "La Voie de l'ennemi" de rachid Bouchareb

Forest Whitaker dans "La Voie de l'ennemi" de rachid Bouchareb

© Pathé Distribution

Inattendu concept de la part de Rachid Bouchareb ("Indigènes") que de transcrire de nos jours au Nouveau-Mexique "Deux hommes dans la ville" (1973) de José Giovanni. Il remplace Alain Delon par Forest Whitaker et Jean Gabin par Brenda Blethyn, avec en guest Star Harvey Keitel ! Autant dire que l’on n’y perd pas au change.

De Rachid Bouchareb (France), avec : Forest Whitaker, Harvey Keitel, Brenda Blethyn, Luis Guzman, Ellen Burstyn - 1h58 - Sortie : 7 mai 2007

Synopsis : Garnett, ancien membre d’un gang du Nouveau Mexique vient de passer 18 ans en prison pour meurtre. Avec l’aide d’Emily Smith, agent de probation chargée de sa mise à l’épreuve, il tente de se réinsérer et de reprendre une vie normale. Mais Garnett est vite rattrapé par son passé. Le Sherif Bill Agati veut lui faire payer très cher la mort de son adjoint...
"La Voie de l'ennemi" : la bande-annonce

Transposition westernienne
Polar urbain du début des années 70, "Deux hommes dans la ville" prenait à bras le corps un sujet militant contre la peine de mort qui ne sera aboli que huit ans plus tard, en 1981. Si le film traitait de la réinsertion, il était avant tout contre l’exécution capitale, alors que celui de Bouchareb traite de la réintégration d’un ex-délinquant dans la société. De ce point de vue, il ne passe pas à côté de son sujet, en y adjoignant deux autres : la conversion en prison à l’Islam et l’immigration clandestine. Pas facile, mais pari gagné.

Rachid Bouchareb réalise son troisième film aux Etats-Unis, c'est dire si désormais il connaît. Mais en choisissant le Nouveau-Mexique comme cadre de son histoire, il se réfère au western, en filmant magnifiquement des paysages horizontaux à travers l’œil de son directeur de la photographie Yves Cape. Des plans larges qui rappellent John Ford, mais aussi Sergio Leone dans une intrigue et un traitement de la tension proche d’un William Friedkin. Ces références n’enlèvent rien à l’originalité de l’approche de Bouchareb, à plus d’un titre.

Harvey Keitel entouré de Forest Whitaker et Brena Blethyn dans "La Voie de l'ennemi" de Rachid Bouchaeb

Harvey Keitel entouré de Forest Whitaker et Brena Blethyn dans "La Voie de l'ennemi" de Rachid Bouchaeb

© Pathé Distribution

Un casting royal
Forest Whitaker fait une composition de premier ordre, dans la peau de cet "ancien" adolescent qui a passé 18 ans en prison, tout orienté vers sa réinsertion, à laquelle participe sa conversion à l’islam, pour lui, preuve de sa bonne foi. Elle joue pourtant contre lui, vu que le 11 septembre 2001 est passé par là. Il va donc se retrouver confronté à un flic vengeur de son partenaire tué des années auparavant, par ce repris de Justice en quête de rédemption. Aidé par une grande Brenda Blethyn, agent de probation chargée de sa mise à l’épreuve, cette confrontation avec ces deux hommes est âpre, rugueuse, mais pleine d'humanité.

Notre adhésion va bien sûr à William Garnett, Forest Whitaker, qui cumule les difficultés, face au Sheriff, Harvey Keitel, et son ancien complice, le formidable Luz Guzman qui ne cesse de le relancer. Le sort s’acharne sur lui jusqu’à la fin, que l’on pressent depuis le début. De ce point de vue, la construction du film est remarquable. Bouchareb filme magnifiquement ce polar tout en sensibilité, en beauté et riche de sens, ce qui ne va pas de soit. Sans lyrisme. Dommage que Keitel ne soit pas plus à l’écran, la rencontre avec Forest Whitaker ou Brenda Blethyn aurait mérité plus. Mais peut-être est-ce au bénéfice du rythme, le film durant près de deux heures, qui passent comme un rêve. "La Voie de l’ennemi" est celle de l’ennemi intérieur duquel Whitaker tente de se détacher. C’est tout le cheminement du film, avec ses magnifiques plans de routes en moto, où toute la quête de liberté transparaît. "La Voie de l'ennemi" vaut le coup d’être prise.