"La Planète des singes : suprématie" au Panthéon des films de Science-fiction

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 01/09/2017 à 21H02, publié le 02/08/2017 à 16H13
Andy Serkis sous la défroque du singe César dans "La Planète des singes : suprématie" de Matt Reeves

Andy Serkis sous la défroque du singe César dans "La Planète des singes : suprématie" de Matt Reeves

© Twentieth Century Fox France

Signataire des deux derniers chapitres du reboot (refonte d’une franchise au cinéma) de "La Planète des singe", dont cette remarquable conclusion de la trilogie, Matt Reeves confirme ses talents de metteur en scène, de raconteur d’histoire (il cosigne le scénario) et de fin connaisseur de la science-fiction, ayant par ailleurs réalisé le fantastique "Cloverfield" (2008).

La note Culturebox

5
5/5

L'Oscar pour  Andy Serkis

Si le premier film de la série "Les Origines" (2011) fut très efficacement mis en scène par Rupert Wyatt (qui n’a pas fait grand-chose avant et après), les trois films de cette "Planète des singes" nouvelle moutures font preuve d’une cohésion narrative et de ton à toute épreuve. Ce lien est avant tout redevable au comédien Andy Serkis, interprète de César, acteur spécialiste de la "motion capture" (interprétation filmée avec des capteurs sur toutes les parties du corps ensuite recouverte d’une animation digitale). On a pu le voir dans le rôle de Golum du "Seigneur des anneaux", en "King Kong" version Peter Jackson, ou en capitaine Hadock dans le "Tintin" de Spielberg, entre-autres. Il mériterait amplement un Oscar pour sa prestation, qui transparaît derrière cette peau artificielle sans freiner l’expressivité de ses émotions. Les autres comédiens à son côte, filmés selon la même techniques, ne déméritent pas non-plus, contribuant tout autant à la continuité de la série.
Dans le camp des humains, c’était James Franco qui lui donnait la réplique dans "Les Origines" ; dans "L’Affrontement", c’était Gary Oldman ; dans "Suprématie, cette partie revient à Woody Harrelson. Trois grands comédiens, très bien choisis, Harrelson interprétant un formidable colonel tout en référence à un colonel Kurtz échappé d’"Apocalypse Now" de Coppola, auquel le film rend par ailleurs ostensiblement hommage.

Reportage :  S. Gorny / A. Recouly / G. Orain / N. Aibar

Ape-pocalypse Now

Question références, Matt Reeves ne lésine pas, en les assumant sans vergogne, tout en les choisissant avec goût et élégance. Son film commence comme un film de guerre ("Les Sentiers de la gloire"), se poursuit tel un western ("Josey Wales hors-la loi"/"Jeremiah Johnson"), verse dans le film de prison version péplum biblique ("Ben-Hur"/"Spartacus"), pour revenir au film de guerre aux prolongements métaphysiques et lyrique à la "Apocalypse Now", avec ce magnifique graffiti (comme dans le Coppola) détourné en "Ape-pocalypse Now".
"La Planète des singes : suprématie" de Matt Reeves

"La Planète des singes : suprématie" de Matt Reeves

© 20th Century Fox
La maestria (si, si) de la mise en scène se détecte dans la minutie vouée à la composition de chaque plan, d’une beauté à couper le souffle, d’où jaillit un réalisme poétique qui fait sens. L’ampleur de l’image ne déroge pas à la qualité des dialogues, ni à l’interprétation, encore moins à une évolution narrative pleine de surprises, d’audaces et d’émotions. La magnifique musique de Mike Giacchino ("La Planète des singes : l’affrontement", nombre de films Pixar, les trois derniers "Star Trek", "Rogue One", "Doctor Strange"…) est la dernière touche apportant la cerise sur la gâteau d’un film abouti. Il reprend la dissonance, les couleurs exotiques et tribales de l’original de Jerry Goldsmith de 1968, en lui apportant une touche mystique avec des chœurs lyriques.
"Suprématie" conclut une trilogie qui n’a jamais déçu, même si "L’affrontement" reste légèrement en-deçà de ses deux pendants. Il est pétri de l’humanisme originel à l’œuvre de Pierre Boule, auteur du roman, repris dans la célèbre série des années 60-70. Un film d’une maturité étonnante, d’autant plus surprenante que, comme tout ce qui vient d’Hollywood, est formaté, l’art prend ici, heureusement, le dessus. Une science-fiction adulte, spectaculaire et ambitieuse, digne des plus grands titres du genre. Epoustouflant.
"La Planète des singes : suprématie" : une des affiches américaines

"La Planète des singes : suprématie" : une des affiches américaines

© 20th Century Fox

LA FICHE

Science-Fiction de Matt Reeves (Etats-Unis),  Avec :  Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn Terry Notary, Karin Konoval, Amiah Miller, Michael Adamthwaite  - Durée : 2h20 - Sortie : 2 août 2017

Synopsis : Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.