"La Isla Minima", un polar magnifique et trouble dans une Andalousie sauvage

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Publié le 13/07/2015 à 11H12
Raúl Arévalo et Javier Gutiérrez dans "La Isla Minima"

Raúl Arévalo et Javier Gutiérrez dans "La Isla Minima"

© Le Pacte

Au tout début des années 80, deux flics espagnols que tout oppose se retrouvent dans une région inhospitalière – les rives marécageuses du Guadalquivir en Andalousie – pour enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Alberto Rodriguez signe un policier trouble et d'un esthétisme rare.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur acteur… Ce film a réalisé une véritable razzia sur la dernière édition des Goya, équivalent espagnol de nos Césars : 10 statuettes ! Et disons le clairement, il les mérite. Ce film noir, intelligent, passionnant et incroyablement esthétique est une sacrée réussite.
"La Isla Minima" -- © Warner Bros Pictures España

Première excellente idée des scénaristes : situer leur histoire dans l'Espagne post-franquiste du tout début des années 80. Franco est mort depuis cinq ans, mais ses idées et les traces de sa dictature sont encore bien présentes. Le pays est en pleine "transition démocratique", et connaîtra encore des soubresauts avec la tentative de coup d'état militaire de 1981. Les deux flics envoyés sur les traces de deux adolescentes disparues reflètent bien cette Espagne-là : Pedro (Raul Arevalo, vu notamment dans "Les amants passagers d'Almodovar) est un démocrate et le revendique. Juan (Juan Javier Gutiérre, star de séries TV ibériques) est, lui, un pur produit du franquisme, qu'il a servi avec zèle, accomplissant nombre de basses besognes. Entre ces deux-là, un rapport tendu s'installe, qui ne les empêche pas de s'investir à fond dans leur enquête.
"La Isla Minima" - © Warner Bros Pictures España

Le choix géographique est le deuxième atout du film : dès les premières images, on comprend que cette région est incroyable. Nous sommes dans l'Andalousie inaccessible, marécageuse, le long du Guadalquivir. Un labyrinthe de canaux où vivent pêcheurs et ouvriers agricoles, un monde de taiseux, rude… et formidablement esthétique. Les plans aériens sont tout simplement bluffants.
"La Isla Minima".

© Warner Bros Pictures España

Une ambiance, un décor… ne manque qu'une grande histoire… Dont Alberto Rodriguez a trouvé l'inspiration dans le roman "2666" du Chilien Roberto Bolano. Des jeunes filles disparaissent et sont retrouvées massacrées, les notables locaux étouffent l'affaire. L'enquête du duo promet d'être difficile, la région se tait face aux questions des deux gêneurs. On n'en dira pas plus, mais les amateurs de bons polars, parfaitement réglés, y trouveront leur compte. Cerise sur le gâteau, les deux comédiens principaux sont au top, impeccablement dirigés. 

Par certains aspects, ce film espagnol rappellera l'ambiance de certaines enquêtes de Dave Robicheaux , le détective de James Lee Burke, …en Louisiane, autre région où eau et terre s'imbriquent en permanence, et où les mystères restent souvent enfouis. Bertrand Tavernier en avait réussi une très belle adaptation avec "Dans la brume électrique". Plus léché mais tout aussi trouble et passionnant, "La Isla Minima" est un film du même calibre.

La Isla Minima film espagnol d'Alberto Rodriguez – Avec Raul Arevalo et Juan Javier Gutiérrez – Durée ; 1h34 – Sortie : 15 juillet 2015

Synopsis : Deux flics que tout oppose, dans l'Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d'Andalousie pour enquêter sur l'assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu'à l'absurde et où règne la loi du silence, ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.