"L’Idéal" : Frédéric Beigbeder et Gaspard Proust à la chasse au top model

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 13/06/2016 à 11H02
Gaspard Proust dans "L'Idéal" de Frédéric Beigbeder

Gaspard Proust dans "L'Idéal" de Frédéric Beigbeder

© Légende Distribution

La thématique est abordée ces jours-ci par plusieurs films. Après "The Neon Demon", le 8 juin, et avant "Casablancas, l’homme qui aimait les femmes", le 29 juin,"L’Idéal", deuxième film de Frédéric Beigbeder, explore itou le monde du mannequinat. Il adapte son roman "Au secours pardon". Une suite de "99 francs" (réalisé par Jan Kounen), avec un Gaspard Proust en grande forme.

La note Culturebox

3
3/5

Egotisme

Gaspard Proust, déjà alter ego de Beigbeder dans " L‘Amour dure trois ans" (2011), reprend du service dans "L’Idéal" en se faisant une tête clonique de l’ex-publicitaire. L’écrivain-réalisateur apparait d’ailleurs comme silhouette, façon Hitchcock, dans le premier plan de son film. Ce n’est qu’un aspect égotique du personnage et de son film, tout en voix off à la première personne. Son autodérision en est un autre symptôme. Beigbeder adapte Beigbeder pour la seconde fois. Mais comme il dit, ses films sont des relectures de ses romans autobiographiques. Il ne désespère pas de sortir un jour de ce cercle nombriliste, avec un sujet écrit spécialement pour l’écran. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.
"L'Idéal" : la bande annonce

Frédéric Beigbeder n’en reste pas moins talentueux et un auteur empathique, par son regard pertinent sur l’époque, son humour flegmatique, ouvertement cynique, qui pointe les excès d’une société de consommation manipulatrice. Mais n’en est-t-il pas lui-même la tête de gondole, n’en est-il pas lui-même le produit ? Comme figure emblématique du parisianisme ambiant. Ce qui en agace plus d’un. On les comprend. On ne lui reprochera pourtant pas d’appuyer là où ça fait mal, en dénonçant le despotisme des canons de beauté imposés, avec les dangers qu’ils suscitent et les stratégies lucratives qui en découlent, au détriment de l’humanisme le plus basique.

Sophisticated lady

Reste que Frédéric Beigbeder a fait de grands progrès par rapport à "L’Amour dure trois ans", au style conventionnel de comédie. Il travaille avec sophistication ses cadres et lumières, en accord avec son sujet, sans pour autant se limiter à un rendu papier glacé. Ecueil dans lequel est tombé le surestimé "The Neon Demon" de Nicolas Winding Refn, catalogue de photos, plus que de mise en scène. Beigbeder fait un réel effort dans ce sens en donnant une belle ampleur à l’image, tout en parodiant le monde dans lequel évolue son film. Il dirige dans ce sens un Gaspard Proust convaincant, et la très séduisante Audrey Fleurot qui trouve un rôle à sa hauteur. Tout comme Jonhatan Lambert en PDG transsexuel autoritaire de la maison L’Idéal.

Gaspard Proust et Audrey Fleurot dans "L'idéal" de Frédéric Beigbeder 

Gaspard Proust et Audrey Fleurot dans "L'idéal" de Frédéric Beigbeder 

© Légende Distribution

Ce progrès s’exprime aussi par deux clins d’œil. A Kubrick, avec la "war room" de la société de cosmétique, dessiné sur le modèle de celle de "Dr. Folamour", et la scène d’arrivée homérique à la fête de l’oligarque russe qui rappelle l’entrée dans la grand ville de "A . I. Intelligence Artificielle" de Spielberg. Cette dernière est particulièrement inventive, surprenante et drôle, le meilleur moment du film. Toutefois, "L’Idéal" pèche par un manque de rythme, l’heure-et-demie du film passe lentement. On y retrouve cependant la verve "begbédienne" et ses thèmes de prédilection, dans la dénonciation d’un système qu’il connaît bien, et ses excès, dont il demeure dans une large mesure l’héritier.

"L'Ideal" : l'affiche

"L'Ideal" : l'affiche

© Légende Distribution
La fiche film
Comédie de Frédéric Beigbeder (France) - Avec : Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Anamaria Vartolome, Jonathan Lambert, Camille Rowe - Durée : 1h30 - Sortie : 15 juin 2016
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Il a sept jours pour trouver une nouvelle égérie en sillonnant les confins de la Russie post-communiste, sous les ordres de Valentine Winfeld, une directrice visuelle sèche et revèche.
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