L'enfant d'en haut : conte de fées en apesanteur

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 22/04/2012 à 17H23
L'enfant d'en haut, de Ursula Meier, avec Kacey Mottet Klein (Simon) et Léa Seydoux (Louise)

L'enfant d'en haut, de Ursula Meier, avec Kacey Mottet Klein (Simon) et Léa Seydoux (Louise)

© DR

De Ursula Meier, avec Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein, Martin Compston, Gillian Anderson, Jean-François Stévenin, Yann Tregouët. Durée : 1h 37min. Sortie : 18 avril.

Synopsis : Simon a 12 ans. Il vit avec sa grande sœur dans une tour HLM aux pieds d'une luxueuse station de ski suisse. Pour survivre, il vole. Chaque jour, il monte dans la télécabine qui relie la plaine triste de son quartier boueux pour rejoindre le haut, ensoleillé, où les sons glissent comme des spatules bien fartées de skis flambants neufs. Louise, sa sœur ne fait rien, sinon slalomer entre petits boulots et petits amis.

 

 

"L'enfant d'en haut", que l'on aurait plutôt envie d'appeler l'enfant d'en bas, est à la lisière de l'adolescence, mais doit faire face à des nécessités d'adulte. La caméra le suit de près, montrant méthodiquement de quelle manière il a organisé la survie de son drôle de foyer. S'habiller en skieur. Monter. Enfiler une cagoule, un casque. Déambuler parmi les skieurs insouciants. Repérer. Voler. Cacher. Revendre. Le business fonctionne à peu près. On frémit pour lui chaque fois qu'il frôle de se faire prendre. Sa sœur, "sister" comme il l'appelle, n'est là ni pour Noël, ni pour rien d'autre. Simon encaisse, sans sourciller. Jusqu'au jour où un petit ami un peu plus tendre  fait son entrée dans la vie de Louise (et de Simon). Le système du frère et de sa sœur se fissure. Les mots arrivent. La vie bascule. Une fois les choses dites, le secret révélé, rien ne sera plus jamais comme avant.

Ursula Meier n'a pas volé son Ours d'argent à Berlin

La réalisation sert parfaitement le propos : la cabine du téléphérique, suspendue au dessus du vide, fait le voyage en apesanteur entre deux mondes. En bas le ciel est gris, les vêtements usés, les sons terrestres. En haut le soleil brille, on est au dessus des nuages, les couleurs sont vives et brillantes et les sons vaporeux. Ceux d'en haut n'ont pas de visage. A une ou deux exceptions près (un skieur déchaîné qui surprend Simon en train de le voler et une figure maternelle idéalisée, incarnée par une anglaise richissime). En haut il y a aussi un peu du monde d'en bas, dans les coulisses des restaurants, ou les locaux techniques des machines à transporter les vacanciers.

Affiche de L'enfant d'en haut

Affiche de L'enfant d'en haut

© DR

La bande-son alterne entre grands silences (comme si les sons eux aussi aussi flottaient en apesanteur au dessus des nuages) et longues litanies électriques, qui marquent l'inexorable tension de la vie.

Magnifique Léa Seydoux en personnage de conte de fée moderne

A peine sortis de l'enfance, si jeunes et si seuls, Simon et Louise tracent un chemin ensemble. Les rapports entre le frère et la sœur sont à la fois tendres, fraternels et âpres comme la vie qu'ils ont à affronter. Kacey Mottet Klein incarne sobrement un Simon bouleversant. Léa Seydoux campe une femme-enfant maladroite et brutale, magistralement.

Ce que décrit ce film, c'est la lutte des classes version sports d'hiver en mode conte de fées moderne. Ursula Meier, qui signe là son deuxième film (après Home, en 2008), a bien choisi son décor. Ce lieu hors du temps et hors du monde qu'est la montagne, investie par les loisirs et l'argent. Lieu où la nature écrase pourtant tout, rendant encore plus acide une certaine vacuité du monde des humains.

Pour finir, le va-et-vient entre la pureté immaculée du haut et la noirceur du bas s'embrouille en même temps que la fonte des neiges. Et un croisement final ouvre une perspective qui n'est ni en haut, ni en bas, mais dans le coeur de Simon et Louise.