"Kinshasa Kids" : ces gamins des rues qui crèvent l'écran !

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 08/04/2013 à 13H56, publié le 04/04/2013 à 17H16
Les enfants de "Kinshasa Kids"

Les enfants de "Kinshasa Kids"

© MK2 Distribution

Mi-fiction, mi-documentaire, ce magnifique film plonge dans le quotidien des "shégués", ces enfants des rues, abandonnés de tous. Une petite bande tente de sortir de la misère grâce à la musique. Kinshasa la turbulente va-t-elle leur donner leur chance ?

Film franco-belge de Marc-Henri Wajnberg - Avec : Emmanuel Fakoko, Gabi Bolenge, Gauthier Kiloko, Bebson Elemba et Rachel Mwanza. Durée : 1h25 - Sortie : 3 avril 2013

L'histoire : Huit enfants des rues, abandonnés et considérés comme des sorciers par leurs familles, se battent pour survivre. Ils entretiennent le rêve de monter un groupe de musique. Aidés par Bebson, musicien allumé qui s’improvise manager, ils vont réussir à monter un concert et à embraser la ville ! 

Une fois encore, Kinshasa inspire un réalisateur. Avec ses douze millions d’habitants, cette ville-province qui ne cesse d’enfler, explose de tous côtés. Gangrenée par la corruption, théâtre de toutes les misères, elle est aussi une capitale festive et folle, prompte à s’embraser. Dans « Viva Riva », Djo Tunda Wa Munga l’avait magnifiquement filmée, côté nuit, sensuelle et violente. Cette fois, le bourlingueur belge Marc-Henri Wajnberg l’aborde à hauteur d’enfants. Suivant au plus près quelques uns des 30 000 "shégués", ces gosses qui vivent dans les rues défoncées et crasseuses, abandonnés, traînant une réputation de sorciers.

Fiction ou docu ? Wajnberg jongle sans gêne entre les deux genres. Ses « acteurs » sont merveilleux. Ils n’ont pour horizon que le prochain repas à dénicher, la prochaine nuit à franchir. Et pour survivre, ils font les poches des voyageurs, sous l’œil bienveillant des policiers du coin qui les raquettent. Lorsque, le soir, ils partagent leurs rêves, on les découvre juste avides d’une vie normale, de l’assurance de pouvoir se nourrir, de faire des études « pour devenir intelligent ». Les plus audacieux se verraient bien politiciens, « pour pouvoir voler tranquillement ».

Peu à peu, la musique prend sa place dans ce film très touchant, s’imposant face à la fureur sonore de la capitale congolaise. D’abord avec les instruments bricolés de ce groupe qui s’entraîne en pleine rue. Puis, divine surprise, avec un répertoire classique tombé du ciel : un « Sanctus » du Requiem de Mozart, merveilleusement interprété par l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste.

On ne peut que les aimer ces gosses qui, managés par « Bebson de la rue », un poète-rasta particulièrement à l’ouest, deviennent à leur tour musiciens. Leur rap congolais est un concentré de réalisme. Aucune posture, aucune vision poétique. Ils parlent juste de la rue, de leur galère. Et ça fait mouche. Et le public se lève enfin, découvrant leur existence. Et les billets de 50 francs s’amoncellent dans le chapeau. Et leurs sourires sont dévastateurs. Comme si rien de tragique n’était arrivé jusque là, la famille qui les jette, les coups, les viols et les embrouilles. Leur vie. 


Reportage France 3 : F. Maillard / Hauville / J. Michaan / I. Cavaletto