"Hedi, un vent de liberté" : après-printemps arabe tunisien amer

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 26/12/2016 à 18H13, publié le 26/12/2016 à 17H54
 Majd Mastoura et Rym Ben Messaoud dans "Hedi, un vent de liberté" de Mohamed Ben Attia

 Majd Mastoura et Rym Ben Messaoud dans "Hedi, un vent de liberté" de Mohamed Ben Attia

© Arsenal Filmverleih

Premier film du Tunisien Mohamed Ben Attia, "Hedi, un vent de liberté" fait le portrait du pays à l’origine de ce qui deviendra les "printemps arabes", à partir de décembre 2010, en se propageant de la Tunisie, à tout le monde arabe. Qu’en est-il six ans après ? Si le pays n’est pas sombré dans des crises ultimes comme en Syrie ou en Libye, le bilan qu’en tire Ben Attia est lucide et mitigé.

La note Culturebox

4
4/5

Allégorie

Signataire du scénario de "Hedi", Mohamed Ben Attia est visiblement porté par son sujet qu’il met magnifiquement en scène, avec une sincérité palpable. Il serait facile et dommage de passer à côté, suite à  une saturation quant au sujet, notamment abordé par de nombreux films passés et à venir sur la condition de la femme dans les sociétés musulmanes, depuis ces printemps arabes qui ont bouleversé la donne dans la région et le monde.
Hedi : la bande annonce

Si le film repose sur l’allégorie par trop visible de ce jeune adulte issu d’une famille de la haute bourgeoise dont la mère arrange le mariage avec une jeune femme de la même classe, le film atteint rapidement un degré d’analyse plus subtil. Hedi végète dans cette famille qui décide tout à sa place. Mais il s’y plie, car la vie est ainsi plus facile ; sa promise est de toute beauté et son futur est balisé dans le respect aux traditions rassurantes. Un désir d’indépendance, toutefois ancré en lui, va s’extérioriser au contact d’une autre femme, belle, elle aussi, mais moins sophistiquée, ouverte sur le monde et entreprenante. 

L’enfer

Hedi vacille. Tout l’enjeu de son destin se joue sur une décision, à prendre ou à laisser. Et c’est tout le pays qui bascule dans ce dilemme individuel. Quel voie va-t-il-prendre ? On ne le saura pas jusqu’à la fin qui nous laissera sur un sentiment étrange, une expectative qui s’extrapole à toute une nation ; un désir de changement qui peine à prendre corps par un attachement ancré dans les traditions. Ce frein, ne serait-ce pas tout bonnement pas la peur ?

Sabah Bouzouita et  Majd Mastoura dans "Hedi, un vent de liberté" de Mohamed Ben Attia

Sabah Bouzouita et  Majd Mastoura dans "Hedi, un vent de liberté" de Mohamed Ben Attia

© Arsenal Filmverleih

Mohamed Ben Attia mène "Hedi" avec sensibilité, jouant au plus près des sentiments, d’une identification spontanée au personnage, hérissant le spectateur mis face à cette mère possessive et envahissante, qui pave l’enfer de bonnes intentions. On en ressort chamboulé et avec l’impression d’avoir appris quelque chose sur une situation complexe, décryptée de l’intérieur. Ce n'est pas pour rien que le film a remporté trois prix, dont celui du Meilleur premier film à la dernière Berlinale.Sensible, beau et édifiant.

"Hedi" : l'affiche française

"Hedi" : l'affiche française

© Bac Films

LA FICHE

Drame de Mohamed Ben Attia (Tunisie/Belgique/France), Avec :  Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita - Durée : 1h33 - Sortie : 28 décembre 2016

Synopsis : Kairouan en Tunisie, peu après le printemps arabe. Hedi est un jeune homme sage et réservé. Passionné de dessin, il travaille sans enthousiasme comme commercial. Bien que son pays soit en pleine mutation, il reste soumis aux conventions sociales et laisse sa famille prendre les décisions à sa place. Alors que sa mère prépare activement son mariage, son patron l’envoie à Mahdia à la recherche de nouveaux clients. Hedi y rencontre Rim, animatrice dans un hôtel local, femme indépendante dont la liberté le séduit. Pour la première fois, il est tenté de prendre sa vie en main.