"Gone Girl" : le thriller machiavélique de David Fincher

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 08/10/2014 à 16H05
Rosamund Pike dans "Gone Girl" de David Fincher

Rosamund Pike dans "Gone Girl" de David Fincher

© Twentieth Century Fox

David Fincher nous avait déjà fait tourner en bourrique avec "Seven". Il renouvelle l'exercice avec "Gone Girl", Thriller alambiqué et sensuel, d'après un roman de Gillian Flynn, qu'il a lui-même adapté pour l'écran : on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, surtout quant derrière la caméra se trouve un des meilleurs réalisateurs américains du moment. Accrochez-vous...

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De David Fincher (Etats-Unis), avec : Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon - 2h29 - Sortie : 8 octobre 2014

Synopsis : A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?
"Gone Girl" : la bande-annonce

Manipulation
Le thriller, Fincher, il connaît. Même son premier long métrage, "Alien 3" qui relève plus de la science-fiction (qu'il a renié, alors que c'est un des meilleurs films de la franchise), en était pétri. Quant à "Seven" n'en parlons pas, alors que "Millenium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes" s'est avéré supérieur à son modèle suédois. Avec "Gone Girl", il franchit encore un pas. Ce n'est pas tant dans la réalisation, de facture assez classique, qu'il excelle, quoique celle-ci convient d'autant mieux à ce scénario décalé, mais dans l'exposition du script qui nous fait passer par tous les étages d'une névrose.

"Gone Girl" parle de manipulation, manipulation des personnages entre eux, de la femme sur son mari, du mari sur sa femme, des médias sur le public, du metteur en scène sur son public… Le mensonge et ses motivations sont au cœur du film. Fincher installe parfaitement son intrigue, au début assez banal : une femme disparaît. Rapt, meurtre, machination ? On ne sait trop. Puis l'intrigue prend une autre direction, celle d'un homme qui chancelle devant l'ampleur médiatique que prend le drame, sans que l'on ne sache vraiment son rôle dans cette disparition. Ment-il ? A-t-il tué sa femme ? Celle-ci est-elle morte ?...

Ben Affleck dans "Gone Girl" de David Fincher

Ben Affleck dans "Gone Girl" de David Fincher

© Twentieth Century Fox

Dramaturgie
En fait David Fincher réalise trois films en un seul, avec une dextérité déconcertante. Il nous mène da A à Z avec un art de tous les instants, semant des petits cailloux tout le long de son film pour mieux nous "chopper", jusqu'à la fin de 2h30 d'un film haletant. La construction tout en flash back donne les différentes versions de l'histoire, selon le narrateur, comme une construction en poupées gigognes qui s'imbriquent les unes dans les autres, pour au final nous donner la solution. Une solution bien fragile quant au destin des protagonistes, d'autant plus dramatique.

David Fincher aime raconter des histoires d'exception, et avec "Gone Girl" il est tombé sur un sacré script. Au plus près des personnages qui sont la pierre angulaire de son film, il privilégie les plans moyens et gros plans, assez classiquement, mais son montage est tout en syncope, passant du regard de l'un à celui de l'autre, brouillant merveilleusement les pistes pour mieux nous rattraper. Film sur les apparences trompeuses, la manipulation, et notamment celle des médias, dénonciateur de la vindicte populaire qui passe du lynchage à l'idolâtrie, "Gone Girl" montre une fois de plus combien David Fincher met en perspective son cinéma et son temps, en privilégiant l'"entertainment". Relançant constamment l'action, interrogeant le spectateur, le secouant par une scène de sang particulièrement choquante, des sentiments pervers confrontés à de justes aspirations, nous sommes secoués et en même temps impliqués dans un processus implacable et virtuose, auquel l'on ne réchappe pas.

Reportage : MJ.Jouan, M.Marini