"Frantz" : François Ozon dans les tourments du mensonge et de la culpabilité

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 04/09/2016 à 16H29, publié le 03/09/2016 à 10H40
Pierre Niney et Paula Beer dans "Frantz"

Pierre Niney et Paula Beer dans "Frantz"

© Mars Film

Une nouvelle fois, François Ozon parvient à nous surprendre avec ce mélodrame en noir et blanc (la plupart du temps), adaptation d'une pièce de Maurice Rostand. Après la fin de la Première Guerre Mondiale, un jeune Français vient se recueillir sur la tombe d'un Allemand de son âge. Quel lien unissait les deux hommes ?

La note Culturebox

4
4/5
François Ozon a toujours aimé le contre-pied, surgir là où on ne l'attend pas. Après "Jeune et Jolie" ou "Ma nouvelle amie", le voici aux commandes d'un film d'époque, aussi austère que puissant. Ce "Frantz", tourné en noir et blanc (avec quelques passages en couleurs), nous transporte au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans le camp du perdant. L'Allemagne humiliée rumine sa rancœur contre l'ennemi qui l'a terrassée. De ce côté de la frontière comme de l'autre, chaque famille a ses victimes, ses sacrifiés, chair à canon de folles stratégies militaires.
Dans cette petite ville bourgeoise où le nationalisme revanchard est déjà à l'œuvre, la mystérieuse présence d'un jeune Français suscite la colère et l'incompréhension. Pourquoi Adrien (Pierre Niney) vient-il fleurir la tombe de Frantz, mort sur le front ? Peu à peu, il se rapproche des parents et de la fiancée du jeune Allemand qui retrouvent en lui la jeunesse et la passion du disparu. Même si les explications d'Adrien ne sont pas toujours convaincantes. Quel fil le reliait vraiment au défunt ? "Une amitié, c'est tout", dit-il. Fausses pistes ? Mensonge ? Culpabilité ?

On n'en dira pas plus, mais l'émotion est là. Pierre Niney, fragile et ambigu survivant, forme un duo troublant avec Paula Beer, une jeune comédienne allemande, dont le charmant accent rappelle Romy Schneider.

Reportage : M-H. Bonnot / D.Dahan / S.Langlais / I.Palmer

La pièce de Maurice Rostand avait été adaptée une première fois au cinéma dès 1931 par Ernst Lubitsch, dans "Broken Lullaby". François Ozon a choisi d'aller plus loin et d'en prolonger l'intrigue, réalisant deux films en un. Le secret, la partie allemande, d'abord. Puis une seconde, qui réenclenche d'autres ressorts passionnels. Moins de mort et plus d'amour. Résolument mélodramatique, l'ensemble est cohérent et inattendu. On aime.

La fiche

Drame de François Ozon – avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Ernst Stötzner, Marie Gruber et Johann von Bülow – Durée : 1h53 – Sortie : 7 septembre 2016 Synopsis : Au lendemain de la première guerre mondiale, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un français est venu, lui aussi, fleurir la tombe de son ami allemand.