"Foxcatcher", l'inquiétant Monsieur du Pont et ses lutteurs

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Publié le 17/01/2015 à 08H00
Steve Carell dans "Foxcatcher"

Steve Carell dans "Foxcatcher"

© Mars Distribution

Après "Truman Capote" et "Le Stratège", Bennett Miller signe avec "Foxcatcher" son troisième long métrage. Un film adapté de l'incroyable histoire vraie de John du Pont, riche philanthrope et grand amateur de sport devenu meurtrier en 1996. Méconnaissable, Steve Carell crève l'écran dans un rôle tourmenté.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

Réalisé par Bennett Miller (Etats-Unis), avec Steve Carell, Channing Tatum, Anthony Michael Hall, Mark Ruffalo - 2h10 - Sortie : 21 janvier 2015

Synopsis : Médaillés d'or olympique en 1984, Mark et Dave Schultz devraient être au sommet alors qu'ils s'apprêtent à défendre leur titre aux prochains Jeux de Séoul. Pourtant, Mark est licencié de son poste d’entraineur de lutte, tout comme son frère aîné, et il se démène pour s'entraîner seul. Mark retrouve espoir lorsque le philanthrope et millionnaire John du Pont lui propose de rejoindre son club de lutte flambant neuf, situé dans son luxueux domaine de Foxcatcher. Dave tombe finit par tomber lui aussi sous le charme du patriote excentrique, séduit par la perspective de mettre en place la meilleure équipe de lutte au monde. Mais les délires paranoïaques de Du Pont et sa volonté irrationnelle de garantir la victoire des États-Unis à l'étranger vont prendre le pas sur sa générosité et sa bienveillance…
Bande-annonce en VO du film "Foxcatcher" de Bennett Miller
Le film de Bennett Miller s'inspire de la tristement célèbre histoire du millionnaire John Du Pont, condamné pour le meurtre de l'ancien champion olympique de lutte David Schultz. Devenu entraîneur de la Team Foxcatcher, ce dernier habitait sur le domaine de John Du Pont qui finançait les entraînements de dix-sept autres lutteurs amateurs.

De cette invraisemblable aventure dramatique achevée dans le sang début 1996, Bennett Miller tire un film très réussi, oppressant et captivant.

Il n'a rien laissé au hasard pour arriver à ses fins : la lutte, discipline noble mais peu médiatisée, est ici particulièrement bien filmée, les corps à corps entre les deux frères Schultz, la précision des gestes, rien ne nous échappe. La caméra est intime, les reconstitutions des compétitions très crédibles.

Plus généralement, la réalisation est léchée mais sans effets de manche. Elle parvient à installer subtilement cette sensation gênante de prise de contrôle du millionnaire sur la vie d'un homme, "acheté" comme un pur-sang.

Steve Carell et Channing Tatum dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

Steve Carell et Channing Tatum dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

© Mars Distribution


Miller s'est entouré de comédiens exceptionnels : Steve Carell et Channing Tatum crèvent l'écran. Le premier, méconnaissable, à mille lieux des rôles comiques qui l'ont rendu célèbre, est hallucinant dans la peau de John du Pont, inquiétant héritier qui s'entiche d'un champion olympique et dont les motivations sont troubles, mélange de patriotisme exacerbé (il faut à l'époque rabattre le caquet aux Soviets) et de volonté de montrer à la mère qui l'écrase qu'il peut réussir quelque chose. Sous un corps épais et musculeux, le second est timide et fragile, prêt à s'offrir à celui qui l'achète. Entre les deux hommes, une relation complexe s'installe et dérive.

D'autres acteurs remarquables portent eux aussi le film vers la réussite, tels Mark Ruffalo (David) ou Vanessa Redgrave (la mère de John du Pont). 

Channing Tatum et Mark Ruffalo dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

Channing Tatum et Mark Ruffalo dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

© Mars Distribution

Peut-on tout acheter ? Quel est le prix de la docilité ? Vexé et trahi, Mark s'éloigne de de son "propriétaire"… dont la folie s'exercera au final sur un autre, son frère.

On pourra trouver à cette histoire des années 90 des aspects totalement contemporains : les oligarques capricieux qui aujourd'hui s'achètent des clubs et des joueurs de football comme des montres de luxe et font valser les entraîneurs quand ça leur chante ont parfois un petit air de famille avec le très inquiétant Monsieur du Pont ?