"Folles de joie" : Thelma et Louise au-dessus d'un nid de coucous

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 06/06/2016 à 11H04
Micaela Ramazzott et Valeria Bruni Tedeschi dans "Folles de joie" de Paolo Virzì

Micaela Ramazzott et Valeria Bruni Tedeschi dans "Folles de joie" de Paolo Virzì

© Bac Films

Fort de 14 films au compteur, Paolo Virzi avait remporté un bel accueil public et critique avec "Les Oppotunistes" en 2013, où jouait déjà Valeria Bruni-Tedeschi. Dans "Folles de joie", il passe du drame bourgeois, à la comédie dramatique. L’actrice franco-italienne forme un duo avec l’épouse du réalisateur, Micaela Ramazzotti, pour une cavale foldingue, à la "Thelma et Louise".

La note Culturebox

4
4/5

Mission

Bourgeoise placée dans un institut psychiatrique de Toscane, Béatrice (Valeria Bruni-Tedeschi) est un rien fofolle. Elle s’ennuie à cent sous de l’heure auprès de consœurs plus âgées, avec lesquelles elle n’a rien en commun. On lui reproche son manque de sociabilité, ce qui la pousse à quelques incartades au règlement, au prétexte d’intégration. Jusqu’à ce que débarque Donatella (Micaela Ramazzotti), une "punkette" en rupture de ban, plus jeune et introvertie. Voilà un cas intéressant, qui rajeunit la communauté et fascine Béatrice en mal de comparse. Elle va l’apprivoiser pour s’en faire une complice et l’emmener dans une fugue libératrice.
"Folles de joie" : la bande annonce

Paolo Virzi filme une affaire de femmes, plus qu’une affaire de folles. L’énergie frustrée de Béatrice va se libérer, se transmettre à Donatella, sous un soleil de Toscane entrecoupé de pluie. Extravertie, la femme mûre va faire sortir l’adolescente attardée d’elle-même, pour en faire une femme. Cette mission, va également lui être profitable. Car, elle aussi, a besoin d’être recadrée. Mais cela se fera à son initiative, dans un don de soi qui s’avèrera une catharsis, une thérapie. Il y a bien dans "Folles de joie" une critique de la psychiatrie, comme il y en avait une dans "Vol au-dessus d’un nid de Coucous" (1975) de Milos Forman, même si elle est moins virulente et frontale.

Micaela Ramazzotti et Valeria Bruni Tedeschi dans "Folles de joie" de  Paolo Virzì

Micaela Ramazzotti et Valeria Bruni Tedeschi dans "Folles de joie" de  Paolo Virzì

© Bac Films

La sorcière

Dans les deux films, un patient (Nicholson chez Forman, Bruni-Tedeschi chez Virzi) prend les rênes et fomente une escapade hors les murs. Avec l’Italien, la fugue rappelle "Thelma et Louise" (1991) de Ridley Scott, par la présence de deux femmes émancipatrices. L’on y trouve cette même quête de liberté, d’affranchissement au regard des conventions et institutions. La voiture est comme le symbole de cette quête d’autonomie et une scène chez Virzy est un clin d’œil assumé à Scott.

L’Italien se démarque toutefois de ses modèles et cela serait réducteur de voir en "Folles de joie" une simple compilation. Valeria Bruni-Tedeschi, de tous les plans, sans pour autant porter à elle seule le film, fait une prestation jubilatoire et s'y donne à coeur joie, sans cabotiner pour autant. Paolo Virzi soigne son image, profitant d’une lumière solaire riante et communique une dynamique entraînante. "Folles de joie" n’est toutefois pas dénué d’une dimension dramatique. Elle vise en creux un féminisme malmené, où les femmes sont infantilisées, manipulées, incomprises, victimisées, mise au ban de la société. Jules Michelet le dénonçait déjà dans "La Sorcière " (1862). De la sorcière à la folle, il n’y a qu’un pas.

La fiche film

Comédie dramatique de Paolo Virzi (Italie-France) - Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Bob Messini, Sergio Albelli, Tommaso Ragno - Durée : 1h56 - Sortie : 8 juin 2016
Synopsis :Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d'amitié. Une après-midi, elles décident de s'enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens "sains".