Fanny Ardant enflamme l'écran dans "Les Beaux Jours" de Marion Vernoux

Par @Culturebox
Publié le 19/06/2013 à 10H01
Fanny Ardant et Laurent Lafitte, amants dans "Les Beaux Jours" de Marion Vernoux

Fanny Ardant et Laurent Lafitte, amants dans "Les Beaux Jours" de Marion Vernoux

© Le Pacte

"Les Beaux Jours" marque le grand retour de Marion Vernoux après 10 ans d'absence. Après "A boire", comédie acide qui évoquait les tourments de trois personnages paumés dans une station de ski, elle revient à son genre de prédilection avec cette tragi-comédie sentimentale sur l'acceptation de la vieillesse. Un charme authentique pour une oeuvre d'une grande maturité, dans tous les sens du terme.

Réalisé par Marion Vernoux avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais ...
France - 94 minutes
En salles le 19 juin

Synopsis : Des beaux jours ? Caroline, fraîchement retraitée, n’a que ça devant elle : du temps libre et encore du temps libre. La belle vie ? Pas si simple. Comment alors tout réinventer ? Transgresser les règles, provoquer de nouvelles rencontres, ou bien simplement remplir son agenda ? A moins que tout soit déjà là. 
"Les Beaux jours" de Marion Vernoux, la bande-annonce
Avec "Les Beaux Jours", Marion Vernoux signe une belle adaptation du livre de Fanny Chesnel : Une jeune fille aux cheveux blancs, avec une Fanny Ardant à la teinture blonde toujours aussi juste et dont l'aura ne fait que se renforcer avec l'âge. A ses côtés, Laurent Lafitte campe un jeune homme un peu perdu, séducteur invétéré, qui n'a pas encore trouvé ses marques. Une rencontre à la fois drôle et sensible, qui réunit deux êtres que tout oppose. On a déjà vu ça dans le sans doute plus virtuose "Main dans la main" de Valérie Donzelli, mais "Les Beaux Jours", par sa grande simplicité, atteint une nouvelle dimension et sort des sentiers battus en proposant non un film purement sentimental, mais une réflexion fine et décalée sur l'art de vieillir.

Revirement

Le film démarre comme un drame classique, un peu à la manière du très bon "Monsieur Schmidt" d'Alexander Payne. Caroline stoppe son métier de dentiste suite au décès de sa meilleure amie et se retrouve jeune retraitée. Elle semble errer sur la jetée au milieu des magnifiques étendues brûmeuses du Nord-Pas-de-Calais, sans parvenir à entamer la seconde partie de sa vie. "Beaucoup, de temps à tuer", comme on dit, et aucune idée de comment le meubler. Le brouillard et la grisaille répondent à l'état d'esprit mélancolique de Caroline et l'ancrent dans une sorte de no man's land, métaphore de la solitude du personnage.
Caroline (Fanny Ardant) sur une plage de Calais dans "Les Beaux Jours"

Caroline (Fanny Ardant) sur une plage de Calais dans "Les Beaux Jours"

© Le Pacte
Pour autant, Marion Vernoux ne fait pas de sa jeune retraitée une héroïne tragique isolée et en proie au désespoir. Elle a un mari aimant, deux filles, de fantastiques petits-enfants, et assume parfaitement son statut de grand-mère. Ce n'est donc fondamentalement pas l'âge, mais la peur d'affronter l'inconnu, loin de sa vie rangée, qui fait naître l'angoisse. Invitée par ses filles à intégrer le club de retraités des "Beaux Jours", elle apprend peu à peu à dépasser ses propres préjugés et rencontre de belles personnes, loin du conformisme de façade qu'affiche le lieu. 

Tromper l'ennui

On pense un peu à "Song For Marion", où Terence Stamp surmontait la perte de sa femme grâce au soutien d'une chorale de sympathiques retraités. Mais Caroline n'a rien perdu, ou plutôt elle imagine avoir perdu quelque chose. Lorsqu'elle rencontre Julien, le jeune prof d'informatique des "Beaux Jours" de plus de 20 ans son cadet, elle trouve la parade parfaite pour tromper son ennui. Pour autant, Marion Vernoux, qui s'était déjà emparée du thème de l'adultère dans "Love, etc ..." et "Rien à faire", ne bascule nullement dans la comédie française cucufiante comme l'ont fait de nombreux films, en particulier dans les années 70.

Le ton est juste et évoque les meilleurs Sautet tandis que les allusions à Claude Lelouch fusent, créant un savant mélange entre des moments de franche rigolade, anticonformistes à souhait, et une forme de tendresse qui se dégage à chaque plan. Ainsi, Fanny Ardant, dans une scène d'une grande drôlerie, rapporte des pizzas pour un dîner chic organisé par son époux, clin d'oeil décalé à "La bonne année" mais peut aussi, au plan suivant, regarder son mari avec compassion.  
Fanny Ardant au beau milieu d'un dîner qui arrive au pire moment ...

Fanny Ardant au beau milieu d'un dîner qui arrive au pire moment ...

© Le Pacte
Le triomphe de la féminité

La réalisatrice ne cherche pas à montrer la souffrance, bien au contraire. La caméra semble porter Fanny Ardant, incandescente, dans son combat pour la vie. Ici, pas de remords devant la grandeur de la faute commise, Julien n'est qu'une transition dans la vie de Caroline. Pas de fantasmes fous, pas de projets d'avenir, ils profitent tout simplement de l'instant présent et ne se voilent pas la face. Julien a d'ailleurs une très belle phrase : "Quand ce sera fini, tu le sauras avant moi".

Le jeu de Fanny Ardant est, comme d'habitude, d'une justesse exemplaire. Elle incarne cette femme au caractère bien trempé, libre et indépendante, qui assume son âge et se prouve qu'elle peut encore plaire. Caroline est égoïste car elle a besoin de vibrer, de rire et de se sentir femme, ce qui ne l'empêche pas d'aimer profondément son mari, touchant cocu campé par le brillant Patrick Chesnais.  
Fanny Ardant et Laurent Lafitte dans "Les Beaux Jours"

Fanny Ardant et Laurent Lafitte dans "Les Beaux Jours"

© Le Pacte
L'amour, toujours ...

Réduire le film à une simple crise de la soixantaine serait une erreur. Cette "crise" sert de toile de fond au développement de l'histoire mais n'est en aucun cas l'essence du film. Marion Vernoux propose une réelle réflexion sur l'amour, sans mélodrame, et laisse d'elle-même la relation entre Caroline et Julien arriver à son terme. 

Avec une grande pudeur, Marion Vernoux filme les ébats des deux amants en prenant soin de ne jamais rien montrer d'autres que des parties du corps s'entrelaçant. Une manière de préserver ses acteurs mais aussi de montrer que leur relation a un côté mécanique. Ils se rendent mutuellement service et s'enferment dans une bulle qui les isole du monde extérieur. Pourtant, lorsque Caroline regarde son mari, on ressent un attachement plus profond, de l'ordre de l'indiscible, et l'on sait que le temps les réunira à nouveau.
Fanny Ardant et Patrick Chesnais : l'amour véritable

Fanny Ardant et Patrick Chesnais : l'amour véritable

© Le Pacte
Un film de femme

Ainsi, la réalisatrice laisse l'action se déployer naturellement, laisse évoluer les personnages dans le cadre et la vie suivre son cours. Une impression d'authenticité qui se retrouve aussi dans les dialogues, écrits en collaboration avec l'auteur du livre. Marion Vernoux ne juge pas, elle donne à voir. En évitant l'aspect contemplatif et l'écueil de la "femme cougar", elle livre un film d'une grande vérité, profond sans avoir l'air d'y toucher, porté par une sensibilité toute féminine.

On a rarement vu au cinéma une telle fraîcheur dans l'évocation du temps qui passe. D'une certaine manière, on pourrait presque voir "Les Beaux Jours" comme un miroir déformé du très bon film de Stephan Archinard, "Amitiés sincères", qui, lui aussi, renouait avec cet "esprit Claude Sautet" si savoureux.