"Dans le noir" ou les fantômes de l'inconscient

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 23/08/2016 à 11H31, publié le 23/08/2016 à 11H21
 Teresa Palmer  dans "Dans le noir" de David F. Sandberg

 Teresa Palmer  dans "Dans le noir" de David F. Sandberg

© 2016 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC ALL RIGHTS RESERVED

Initiateur de la franchise "Saw", James Wan est passé producteur, tout en réalisant plusieurs films de fantômes très efficaces : "Conjuring" 1 et 2, puis "Annabelle". Il persiste et signe avec "Dans le noir", en en confiant la réalisation à David F. Sandberg, dont c’est le premier long métrage, avant de sortir en 2017 "Annabelle 2" et "Dans le noir 2", c’est dire si l'influence de Wan y est forte.

La note Culturebox

3
3/5

Revival

Au crédit de David F. Sandberg revient le sujet de "Dans le noir", puisque le film est le développement de son court métrage "Lights Out" (titre original de "Dans le noir"). Une approche plutôt originale du film de hantise, dans lequel James Wan est passé maître et où son influence est flagrante. Comme les vampires, les fantômes sont redevenus à la mode. Il y eût les spectres japonais, "Ring", "The Grunge", "Black Water"… des films à petits budget aux succès foudroyants. Ce n’est pas un hasard si c’est un Asiatique, en l’occurrence Malaisien, qui est à l’origine de cette tocade spectrale, les Extrêmes-Orientaux entretenant un rapport culturel privilégié avec les fantômes.
Dans le noir : la bande annonce

Il y avait eu entretemps "La Dame en noir" (James Watkins, 2012) d’après le best-seller de Susan Hill et son adaptation théâtrale. Dernier film de la vétérante Hammer Films, spécialiste de l’épouvante des années 1956-76, c’était étonnamment son premier film de fantômes, très réussi, sa suite étant une catastrophe. Mais il gardait le cadre traditionnelle gothique, alors que les Japonais, et Wan, installent leurs spectres dans une époque contemporaine ou dans les années 70 (la trilogie des "Dossiers Warren" : "Conjuring" 1 et 2 et "Annabelle").  Ils n’en sont que plus malins. "Poletergeist" (1982, Tobe Hooper) et son remake inutile (Gil Kenan, 2015) s’y étaient bien essayés, mais relevaient plus de la pyrotechnie que de l’épouvante. Quant à "Amityville, la maison du diable" (1979, Stuart Rosenberg) c’est un ratage complet ; sans appel.

Le respect des maîtres

Les films de Wan, comme producteur ou réalisateur, eux, mettent vraiment le trouillomètre à zéro. "Dans le noir" serait réalisé par le Malaisien que l’on y verrait que du feu. Même art du cadre et de l’éclairage, du suspense avant l’apparition fracassante de la créature maligne qui vous fait bondir du siège. Le procédé est ancestral et quelque peu répétitif, mais l’effet est garanti. Une porte reste toujours entrouverte ou grince dans un coin du cadre, les silhouettes spectrales prennent des poses dérangeantes, grotesques, effrayantes. Le son est de prime importance, Wan ayant retenu la leçon de Robert Wise dans "La Maison du Diable" (1963), le plus effrayant film de fantômes de tous les temps.

Teresa Palmer dans "Dans le noir" de David F. Sandberg

Teresa Palmer dans "Dans le noir" de David F. Sandberg

© 2016 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC ALL RIGHTS RESERVED

"Dans le noir" se distingue de ses prédécesseurs par l’origine du spectre, que l’on se gardera bien de dévoiler, sinon d’en donner sa source psychique, tout en lui attribuant une consistance réelle. Le seul précédent réside dans le merveilleux, et non moins effrayant, "Les Innocents" (1961) de Jack Clayton, d’après "Le Tour d’écrou" d’Henry James. Mais le roman et le film entretenaient l’ambigüité entre la folie de Miss Giddens et la réalité des revenants. Pas tant de subtilité dans "Dans le noir", où tout est au premier degré ; le fantôme est bien réel, dangereux et violent, allant jusqu’au meurtre.

"Dans le noir" est symptomatique du succès constant des films d’épouvante à petit budget, à faire pâlir les blockbusters des majors. Il a rapporté 62 millions de dollars en quatre semaines aux Etats-Unis pour un investissement de seulement 4,9 millions. Imaginez le bénéfice à l’international. Comparé, "Suicide Squad" a coûté 175 millions de dollars pour un gain de 238 millions. On se croirait revenus au bon vieux temps des John Carpenter, Wes Craven et George A. Romero. Une raison de plus d’aller se plonger dans le noir des salles obscures.

"Dans le noir" : l'affiche française

"Dans le noir" : l'affiche française

© Warner Bros. France

LA FICHE

fantastique de David F. Sandberg (Grande-Bretagne) - Avec :  Teresa Palmer, Maria Bello, Billy Burke, Billy Burke, Gabriel Bateman  - Durée : 1h21 - Sortie: 24 août 2016
Interdit aux moins de 12 ans

Synopsis : Petite, Rebecca a toujours eu peur du noir. Mais quand elle est partie de chez elle, elle pensait avoir surmonté ses terreurs enfantines. Désormais, c'est au tour de son petit frère Martin d'être victime des mêmes phénomènes surnaturels qui ont failli lui faire perdre la raison. Car une créature terrifiante, mystérieusement liée à leur mère Sophie, rôde de nouveau dans la maison familiale. Cherchant à découvrir la vérité, Rebecca comprend que le danger est imminent… Surtout dans le noir.