Dans "L'Hermine", Luchini président !

Par @Culturebox
Publié le 16/11/2015 à 17H23
Fabrice Luchini dans "L'Hermine"

Fabrice Luchini dans "L'Hermine"

© Jérôme Prébois / Albertine productions-Gaumont

Pour son 10e long métrage, Christian Vincent nous livre le portrait poignant d'un Fabrice Luchini en président de cour d'assises sur la fin qui lui a valu le prix d'interprétation à la Mostra de Venise. Un film qui parvient à être tout à la fois touchant et infiniment juste.

La note Culturebox

5
5/5
Vous rappelez-vous de "Tribunal", cette petite série des années 90 diffusée sur TF1 ? Mais oui, cette toute petite série consacrée au monde judiciaire et qui reprenait inexorablement, épisode après épisode, le même procédé, le même schéma. Un décor unique, la salle d'audience, et comme caractéristique, un manque criant de crédibilité et des acteurs qui auraient pu avoir leur place dans toute bonne telenovela qui se respecte. Eh bien, oubliez tout ça ! L'Hermine, pour quiconque a pu assister à des séances de cour d'assises, est tout bonnement bluffant de véracité. À chaque instant.
 
L'Hermine, c'est d'abord l'histoire de Michel Racine (Fabrice Luchini). "Le président à deux chiffres" de la cour d'assises de Saint-Omer, comme il est surnommé par ses collègues pour sa propension à infliger des sentences plutôt lourdes. Un homme bourru, bougon, irascible qui a complètement raté sa vie personnelle en épousant sans amour une femme plus riche que lui sur le point de le quitter. Un magistrat proche de la retraite, respecté et craint au Palais de Justice mais totalement méprisé et presque ignoré à son domicile, sauf peut-être par son chien.
Fabrice Luchini, "L'Hermine" © Jérôme Prébois / Albertine productions-Gaumont

Ronchon et acariâtre

Un président que l'on retrouve là, à la veille d'un énième procès d'assises, bouffé par une grippe qui le terrasse. Lors de cette audience, ce juge ronchon et acariâtre va retrouver, parmi les jurés, la belle Ditte (Sidse Babette Knudsen). Une femme qu'il a aimé presque en secret six ans auparavant. Peut-être la seule femme qu'il n'ait jamais aimée. Peut-être la seule qui puisse l'emmener sur le chemin de la compassion.
Sidse Babett Knudsen dans "L'Hermine"

Sidse Babett Knudsen dans "L'Hermine"

© Jérôme Prébois / Albertine productions-Gaumont
Un rôle qui semble taillé pour lui. Nuancé et finement écrit. 25 ans après "La Discrète", Christian Vincent retrouve Luchini en parvenant encore et toujours à le sublimer. L'acteur montre une nouvelle fois, à l'image ce qu'il avait pu faire dans Gemma Bovery d'Anne Fontaine où il campait le rôle d'un boulanger intello et désenchanté victime de ses propres fantasmes, toute la palette de son jeu. Non et ce film est encore là pour nous en convaincre, Fabrice Luchini n'est pas devenu cette caricature de lui-même qu'il traîne nonchalamment de plateau en plateau.

Le portrait, tout un art

Pour son 10e long métrage, Christian Vincent démontre dans L'Hermine toute son hardiesse pour le portrait. Ici, la réflexion sociétale n'est jamais véritablement présente. Et pourtant, c'est un poncif dans lequel il était facile de sombrer vu le procès en cours. Celui d'un infanticide perpétré dans le Nord-Pas-de-Calais avec un jeune père de famille sans emploi dans le box. Le réalisateur parvient à se placer au-dessus en privilégiant les tempéraments des personnages à leur origine sociale. L'accusé, sa femme ou les membres du jury, parmi lesquelles la toujours excellente et un peu brut de décoffrage Corinne Masiero, sont traités d'égal à égal, à chaque instant et sans une once de misérabilisme.
 
La réalisation est d'une justesse rare. Aucune parcelle de l'espace filmique n'est laissée au hasard. Dans la salle d'audience, chaque membre du public compte. Chaque regard. Le moindre soupir. Une porte qui s'ouvre, un banc qui grince et voilà le témoin perturbé. Un portable qui sonne, un avocat qui sort et on se dit qu'il n'a peut-être que très peu de considération pour son client. Des spécialistes qui défilent, chacun livrant leur vérité. Un flic qui mène l'enquête totalement déstabilisé par les questions d'un avocat de la défense que l'on pensait pourtant quelques instants auparavant totalement déconnecté du procès. Des témoignages qui se contredisent et une vérité dont on ne sait pas vraiment si elle pourra éclater un jour. Une justice présente plus comme modèle que pour faire éclore la vérité. La véritable justice. Celle présente dans ce film que cette partie documentaire rend d'autant plus convaincante. Et un être qui reste, seul, inébranlable et imperturbable, Fabrice Luchini, ici en réelle personnification de cette justice. Un peu à l'image de l'abbé Mouret, inébranlable dans sa foi face à la beauté pure et innocente d'Albine.
 
À moins que… à moins que, comme dans ce livre de Zola, une femme ne vienne fissurer cette implacable stature.
Comédie dramatique de Christian Vincent - Avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Corinne Masiero et Eva Lallier - Durée : 1h38. Sortie : 18 novembre 2015

Synopsis : Michel Racine est un président de cour d'assises redouté. Aussi dur avec lui qu'avec les autres. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait partie du jury qui va devoir juger un homme accusé d'homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. En secret.