"Computer Chess" : l'homme face la machine en équation

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 07/04/2014 à 10H30
Wiiley Wiggins dans "Computer Chess" d'Adrew Bujaski

Wiiley Wiggins dans "Computer Chess" d'Adrew Bujaski

© Contre-Allée Distribution

Le réalisateur de "Computer Chess", Andrew Bujalski, est identifié au mouvement américain de cinéastes indépendants "mamblecore" qui rassemble des films à la facture "brute", avec des acteurs inconnus sur des sujets iconoclastes. "Computer Chess" s’inscrit dans la mouvance avec des revendications historiques et philosophiques sur les comportements humains face à l’ordinateur à un moment charnière.

De  Andrew Bujalski (Etas-Unis), avec : Patrick Riester, Wiley Wiggins, Robin Schwartz - 1h32 - Sortie : 9 avril 2014

Synopsis : Placé au cœur d’un week-end de compétition de programmateurs de logiciels d’échecs vers 1980, des programmateurs un peu excentriques et zélés participent à la préparation des ordinateurs, afin que ces derniers puissent battre l’homme à son propre jeu...
"Computer Chess" : la bande-annonce (en anglais)

Forme et sens
Dire que "Computer Chess" relève d’une style "brut de décoffrage" serait une aberration, tant sa forme est calculée, peaufinée. Situé à l’aube des années 80, alors que les magnétoscopes étaient balbutiants dans les foyers, et les caméras vidéos encore plus, Andrew Bujalski a choisi de tourner avec une "vieille" Sony des années 70 en noir et blanc pour mieux témoigner de ces balbutiements. L’image n’est pas très nette, le son idoine, les ordinateurs aussi, comme les costards : tout est raccord. Bienvenue dans les années 80 !

Quant au sujet, qui met en lutte durant une convention concepteurs de programmes et joueurs d’échecs, l’on se souvient qu’à l’époque cela fit grand bruit, avec les meilleurs mis face à un tel challenge. Mais l’on se rappelle aussi que le sujet était déjà suggéré en 1968 dans "2001, l’Odyssée de l’espace" de Stanley Kubrick (grand joueur d’échecs devant l’éternel) lors de la partie au sein du vaisseau Discovery entre l’astronaute Bowman et l’ordinateur Hal 9000, que ce dernier gagnait. "Computer Chess" se situe dans cette continuité qui interroge toujours les rapports entre l’humain et la machine.

Robin Schwartz dans 'Computer Chess" de Andrew Bujalsky

Robin Schwartz dans 'Computer Chess" de Andrew Bujalsky

© © Contre-Allée Distribution

Partie d’échecs
Au-delà de la forme et de la confrontation entre l’homme et la machine, le film d’Andrew Bujalski confronte l’humanité face à elle-même. D’abord entre l’homme et la femme, une seule représentante de la gent féminine faisant partie du tournoi, ce qui déstabilise les participants, concepteurs, ingénieurs, joueurs, et démontre encore aujourd’hui, qu’il y a du chemin à faire. Mais plus profondément,  "Computer Chess" fait s’affronter la convention cybernétique, avec une autre, consacrée au renouvellement du mental par des exercices physiques, à laquelle elle se trouve constamment confrontée dans l’occupation des chambres de l’hôtel : drôle et signifiant.

Andrew Bujalski joue pour beaucoup de ces affrontements, et d’autres, comme cet éminent "accrédité", non enregistré par l’hôtel, qui rôde de chambre en chambre, dormant sur le sofa du hall d’entrée, témoin de toutes les interactions entre les deux partis (cybernétique et New Age). Ce regard tout en retrait participe d’une vision pertinente avec nos rapports contemporains entre l’humain et la machine : la surveillance extérieure sur notre intimité, la dominance humaine sur des instruments de plus en plus indépendants, notamment par rapport aux mouvements financiers, et notre rapport, plus intime, au corps.

"Computer Chess" n’est pas alarmiste et aucunement paranoïde, mais pointe avec humour, en se référant à des débuts hésitants - avec ces ordinateurs encombrants, risibles, comparés aux nôtres aujourd’hui -, combien les dérives sont d’actualité et la partie d’échecs toujours engagée.