"Cinquante nuances de Grey" : aïe aïe aïe...

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 11/02/2015 à 14H27, publié le 11/02/2015 à 10H06
Dakota Johnson et Jamie Dornan dans "Cinquante nuances de Grey" de Sam Taylor-Johnson

Dakota Johnson et Jamie Dornan dans "Cinquante nuances de Grey" de Sam Taylor-Johnson

© Universal International Pictures

Best-seller et phénomène planétaire publié à plus de 100 millions d'exemplaires et traduit en 52 langues, "Cinquante nuances de Grey" de E. L. James ne pouvait ne pas être adapté au cinéma. C'est fait, sous la direction de la Britannique Sam Taylor-Wood qui avait réalisé "Nowhere Boy" sur l'adolescence de John Lennon. Le résultat, très attendu, risque de décevoir les lecteurs comme les néophytes..

La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

De Sam Taylor-Johnson (Etats-Unis), avec : Jamie Dornan, Dakota Johnson, Jennifer Ehle, Eloise Mumford - 2h05 - Sortie : 11 février 2015
Interdit aux moins de 12 ans

Synopsis : Une romance passionnelle, et sexuelle, naït entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans. Lui, dominant, veut en faire son esclave soumise.
"Cinquante nuances de Grey" : la bande-annonce
Tu dis oui ou tu dis non ?

Vendu comme un ouvrage, puis un film "sulfureux" sur "l’éducation" d’une "oie blanche" au sado-masochisme, dont les passages les plus "croustillants" émoustilleraient la mythique "ménagère de moins 50 ans" (pourquoi pas les autres ?), l’adaptation au cinéma de ce roman de référence des années 2000 apparaît des plus en phase avec une Amérique puritaine. Le sujet du sexe à l’écran a toujours donné des résultats des plus mitigés : malgré des gros succès comme "Emmanuelle" (1974) de Just Jeackin, ou "Histoire d’O" (1975) du même, la réussite cinématographique n’était pas au rendez-vous. Seuls "L’Empire des sens" (1976) de Nagisha Oshima ou "L’Empire de la Passion" (1978) du même arrivaient à quelque chose. Quant au porno, les réussites sont encore plus rares.

Entre vouloir montrer et non, la frontière est fragile. C’est ce qui se voit dans "Cinquante nuances de Grey" au cinéma. Tout le monde a un a priori sur le film, car tout le monde connaît le sujet. Au résultat, ce qui s’annonce comme un thriller sensuel, voire sulfureux, sur une relation passionnelle, est constamment retenu. Lui, s’annonce comme un dominant sado-maso (pour aller vite), elle comme vierge. C’est elle qui va le dominer. Super sujet. De dominant, il devient dominé. Mais ce sujet en or n’est jamais abouti. L’on assiste à un constant "Tu dis oui ou tu dis non" sur l’air "J’voudrais bien, mais, j’peux point", sur fond de réunions de familles. Où est le désir des femmes (premières lectrices du roman) et des hommes dans un tel schéma répété deux heures de temps ?
Jamie Dornan et Dakota Johnson dans "Cinquante nuances de Grey" de Sam Taylor-Johnson 

Jamie Dornan et Dakota Johnson dans "Cinquante nuances de Grey" de Sam Taylor-Johnson 

© Universal International Pictures

Carne ?

Sur un sujet où le corps est au cœur, "Cinquante nuances de Grey" traite des sentiments. Bonne transmutation après tout. Celle d’un homme qui, de conditionné par ses pulsions charnelles dominantes, devient soumis aux sentiments qu’il porte à une "girl next door" (la fille d’à-côté), jolie, mais sans charme, alors qu’il est entouré de "sophisticated ladies" (femmes sophistiquées).

Cette différence, cette fascination a un grand potentiel romanesque, mais n’est pas exploitée. Tout reste à plat. Un baiser au bout de 40 mn, une fessée au bout d’une heure et un final montrant "le pire du pire" que Grey est capable d’infliger à sa "soumise" : six coups de cravache sur les fesses. "Shocking !". On a l’impression de voir un bricoleur fasciné par ses outils sans passer à l’acte. Il y eut l’érotisme et le porno des années 70, puis le thriller érotique des années 90 post "Basic Instinct" (1992) (où là au moins la dominante et le dominé n’étaient pas ambigus) ; on arrive aujourd’hui à l’érotisme puritain, dixit "Twilight" . Parvenir à faire passer "Histoire d’O" de Just Jeackin comme un grand film sadien relève de la prouesse. Allez vous faire fouetter ailleurs.