"Chez nous", film pamphlétaire sur l'extrême droite à 3 mois des élections

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 20/02/2017 à 16H56, publié le 19/02/2017 à 15H48
"Chez nous" de Lucas Belvaux

"Chez nous" de Lucas Belvaux

© Synecdoche / Artémis Productions

La bande annonce venait d’être mise en ligne, que Florian Philippot, vice-président du Front national, réagissait au dernier long métrage du belge Lucas Belvaux, "Chez nous". Sans l’avoir vu, criant au film "anti-Front national", il dénonçait une "démocratie française de plus en plus malade", à moins de trois mois des élections présidentielles. Alors "Chez nous", brûlot anti-FN ?

La note Culturebox

3
3/5

Polémique

En prenant comme sujet la campagne électorale municipale d’un parti d’extrême droite dirigé par une femme, dans le Nord de la France, Lucas Belvaux savait qu’il tendait les batons pour se faire battre. Battre par qui ? Le FN ? C’était prévisible, étant sensible à chaque allusion du "complot politico-médiatique" contre lui. Alors, un film qui le prendrait pour cible, la belle aubaine. Pour se présenter comme victime des "bobos parisiens", loin des "réalités du terrain". Lucas Belvaux n’est pas journaliste, mais cinéaste (même si le cinéma est lui aussi un média) ; il n’est pas plus parisien, mais Belge. Et c’est bien sur ce terrain-là, celui d’un regard extérieur de cinéaste sur la France, qu’il aura le plus de mal à se justifier. Bon courage.

Coscénariste de "Chez nous" avec le romancier Jérome Leroy, Lucas Belvaux est un cinéaste confirmé, Prix Louis Delluc 2003 et récompensé en Belgique, à Cabourg ou à Cognac. Le FN n’est sans doute pas le mieux placé pour juger de son travail, comme toute autre entité politique, du moins sans plus de légitimité qu’une autre. Alors, quand Steve Briois, autre vice-président du FN et maire d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), a réagi sur Twitter en qualifiant le film de "navet" et l'actrice Catherine Jacob de "pot à tabac" "caricaturant" Marine Le Pen, se manifeste une nouvelle fois le manque de nuance dans le jugement, et l’élégance du propos, comme de son émetteur. Ce qui est excessif, n’est-il pas insignifiant ? Comme toujours dans ce cas de figure, les propos du FN, comme ceux de Belvaux, ne convaincront que les convaincus. On peut toutefois tenter de les décrypter. En toute subjectivité.

Stéphane Caillard, Catherine Jacob et Emilie Dequenne dans "Chez Nous" de Lucas Belvaux

Stéphane Caillard, Catherine Jacob et Emilie Dequenne dans "Chez Nous" de Lucas Belvaux

© Jean Claude LOTHER - Synecdoche Artémis Productions

Et le cinéma dans tout ça ?

A la vision de "Chez nous", et en accord avec Lucas Belvaux, le film n’est pas plus un film militant qu’un brûlot anti-FN, mais plutôt une mise en perspective d’un discours populiste qui fleurit tant en France que dans toute l’Europe, qu’aux Etats-Unis ou en Russie. A ce titre, les discours interprétés par Catherine Jacob sont des plus convaincants, car très finement écrits (sans doute par Jérôme Leroy), bien moins caricaturaux que leurs modèles.

Ils démontrent l’efficacité de propos dangereux quand ils sont bien énoncés. Le cinéaste est moins probant quand il oblige sa candidate en herbe et sous influence à se teindre en blonde ("ça passe toujours bien"). Si l’on peut mettre l’épisode sous le crédit de l’humour, lui, frise la caricature. Le type d’erreur à ne pas commettre dans ce genre d’exercice. Comme celle d’exposer des drapeaux alsaciens lors de la reconstitution d’un meeting, dont s’est excusé le réalisateur.

Reportage :  France 2 / P. Deschamps / T. Paga / D. Dahan / G. Camilla / L. Levy /T. Mandard

Toutefois le mélange entre fiction et réalité fonctionne. Dans le rappel des racines extrémistes du faux parti représenté, leur travail en profondeur sous le glacis d’une image "dépoussiérée", dont les scories brûlent toujours sous le tapis. Ou les liaisons constantes avec des groupes d’intervention violents, voire nazifiants, présents dans les services d’ordre ou d’organismes officieux de pression. Les récentes violences contre des journalistes en sont encore des strates persistantes.

Mais c’est dans la fiction que le film s’en tire encore le mieux. Dans ce portrait de femme qui a ses raisons d’être sous influence, sous les traits d’une Emilie Dequenne convaincante ; tout comme l’est son mentor André Dussollier, en notable affable et manipulateur, Catherine Jacob, à l’autorité naturelle et intelligente, Patrick Deschamps en père communiste ombrageux, ou Guillaume Gouix en nazillon en quête de rédemption. Il en résulte une impression romanesque, au-delà de tout jugement politique, où le cinéma reprend ses droits.  

LA FICHE

Drame de Lucas Belvaux (France/Blegique) - Avec :  Emilie Dequenne, André Dussollier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob, Anne Marivin, Patrick Descamps, Charlotte Talpaert, Stéphane Caillard  – Durée: 1h58 – Sortie : 22 février 2017

Synopsis :Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l'aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste lui proposent d’être leur candidate aux prochaines municipales.

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