"Cherchez la femme" : comédie à point sur le fondamentalisme

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 26/06/2017 à 11H01, publié le 26/06/2017 à 10H57
Camélia Jordana, Félix Moati, William Lebghil dans "Cherchez la femme" de Sou Abadi

Camélia Jordana, Félix Moati, William Lebghil dans "Cherchez la femme" de Sou Abadi

© Mars Films

Premier film de Sou Abadi, réalisatrice d’origine iranienne, arrivée en France avec ses parents après la révolution islamique de 1979. C’est dire si elle connaît son sujet : "Cherchez la femme" traite d’une jeune iranienne de France amoureuse, confrontée à son frère devenu intégriste. Le tout dans une comédie enlevée, un vaudeville contemporain, d'actualité et loufoque.

La note Culturebox

4
4/5

Satrapi-Keatonienne

La réalisatrice et auteure de bandes dessinées Marjane Satrapi ("Persépolis") vient spontanément à l’esprit, vu le sujet, et les origines communes des deux cinéastes. Sou Abadi a auparavant réalisé le documentaire "SOS à Téhéran" (2002) sur le fondamentalisme en Iran et est issue de la diaspora iranienne. C'est sans doute pourquoi la situation décrite est ponctuée de scènes inspirées du vécu, comme pour l’auteure de "Persépolis". La réussite vient de la mise en scène qui transfère ce vécu dans le burlesque, via le travestissement.
"Cherchez la femme " : la bande annonce

Armand, fils de parents de la diaspora en France, aime une iranienne et doit se travestir sous un tchador pour approcher sa promise cloîtrée par son frère, de retour du Yémen où il s'est converti. Situation incongrue, à tiroirs, source de gags tant visuels que dialogués. La crédibilité de la situation passe par l’humour : l’écriture du gag d'abord, et le visuel suite - et on pense à Buster Keaton. L'alliance parfaite.

Tchador

L’alchimie naît à la fois du ridicule de cet homme en tchador, et des dialogues incisifs, qui participent d’une action évolutive bien rythmée. Les trois "frères" du quartier que retrouve à son retour du Yémen Mahmoud, participent de la caricature, jusqu’à une scène musicale qui rappelle "Rabbi Jacob", sans tomber dans le cliché. 

Camélia Jordana, Félix Moati dans "Cherchez la femme" de Sou Abadi

Camélia Jordana, Félix Moati dans "Cherchez la femme" de Sou Abadi

© Mars Films

Aux côtés de Félix Moati, Camélia Jordana et William Lebghil, Anne Alvaro et Miki Manojlovic forment un couple impayable de parents iraniens immigrés politisés. Le travestissement au cœur du film est un subterfuge des musulmans. Des personnes recherchées se sont dissimulés sous un tchador pour passer à la barbe de leurs ennemies, déclare la réalisatrice exemples à l'appuis, notamment des fondamentalistes.

Sou Abadi s’inspire encore d’une réalité pour en faire un motif de comédie. Film sur une actualité chaude, évitant l’amalgame musulman-intégriste, "Cherchez la femme" se révèle d’une fraîcheur de ton et d’écriture, drôle et enthousiaste : allez la trouver.

"Cherchez la femme" : l'affiche

"Cherchez la femme" : l'affiche

© Mars Films

LA FICHE

Comédie  de Sou Abadi (France) Avec : Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil, Anne Alvaro, Miki Manojlovic, Carl Malapa - Durée : 1h28 - Sortie : 28 juin 2017

Synopsis : Armand et Leila, étudiants à Science Po, forment un jeune couple. Ils projettent de partir à New York faire leur stage de fin d’études aux Nations Unies. Mais quand Mahmoud, le grand frère de Leila, revient d'un long séjour au Yémen qui l’a radicalement transformé, il s’oppose à la relation amoureuse de sa sœur et décide de l’éloigner à tout prix d’Armand. Pour s’introduire chez Mahmoud et revoir Leila, Armand n’a pas le choix : il doit enfiler le voile intégral ! Le lendemain, une certaine Schéhérazade au visage voilé sonne à la porte de Leila, et elle ne va pas laisser Mahmoud indifférent…