"Brooklyn Village" : rencontre remarquable avec des habitants ordinaires

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 21/09/2016 à 10H05
Talia Balsam et Greg Kinnear dans "Brooklyn Village" de Ira Sachs

Talia Balsam et Greg Kinnear dans "Brooklyn Village" de Ira Sachs

© Version Originale / Condor

Après "Love is Strange", sur un couple gay sexagénaire qui décide de se marier, Ira Sachs récidive sur le ton doux-amer dans l’étude de mœurs, élargie à l’Amérique toute entière. Délicat et sensible,"Brooklyn Village", dont le titre original, "Small People" (petites gens) traduit mieux la teneur du film, a mérité son Grand prix du Festival du cinéma américain de Deauville remporté dernièrement.

La note Culturebox

4
4/5

Argent trop cher

A priori, rien de bien remuant dans cette histoire de voisinage qui tourne vinaigre. Un jeune couple du quartier huppé de Manhattan s’installe dans celui, plus populaire, de Brooklyn, et s'affronte à une portoricaine aguerrie. Au rez-de-chaussée de la maison, Leonor tient une modeste boutique de confection, objet d’un contentieux pécuniaire qui va envenimer une relation au départ amicale. Entre les deux partis, Jake, le fils de Brian et Kathy Jardin, et Tony, du même âge, fils de Léonor qui l’élève seule. Ces deux-là se découvrent une amitié sans faille, que leurs parents vont mettre à mal.
Brooklyn Village : la bande annonce

Brian, qui a hérité de son père, vivote au crochet de sa femme à l’emploi plus stable. Bonne pâte, arrangeant, mais responsable de l’héritage paternel, il se laisse influencer par sa femme et sa sœur, qui ont des vues sur la boutique pour mieux la rentabiliser. Sous ce prétexte, Ira Sachs pèse les rapports humains à l’once du pouvoir de l’argent, avec les dégâts collatéraux inhérents. Et ils ne sont pas des moindres, puisqu’ils frappent Jake et Tony qui voient leur amitié mise dans la balance en raison du différend entre les deux familles.

Conte moral

Ira Sachs, à l’écriture et derrière la caméra, dresse un cas d’école édifiant en dépliant le processus minutieux menant à un drame ordinaire, sans effusion de sang, mais venimeux. Les premières victimes seront les enfants. Brian et Kathy, pourtant conscients des difficultés de Jake à se faire des amis, vont le considérer comme valeur négligeable, en le sacrifiant au dieu dollars, ces "peaux de grenouille verte", comme les Amérindiens nommaient les billets de banque. En s’attachant à une histoire touchant la classe moyenne, ce qui est rare, c’est toute la moralité américaine que le cinéaste met en perspective.

Michael Barbieri et Theo Taplitz dans "Brooklyn Village" de Ira Sachs

Michael Barbieri et Theo Taplitz dans "Brooklyn Village" de Ira Sachs

© Version Originale / Condor

Le message ne passerait pas s’il ne transitait par le canal de l’émotion, qu’Ira Sachs distille dans son scénario minutieux tenu à bout de bras par des acteurs impeccables. Surtout les deux enfants, Theo Taplitz et Michael Barbieri, criants de vérité. La caméra capte toute l’atmosphère de ce quartier de New York qui évoque un village au coeur de la grande pomme. Enfin, le thème musical répétitif de Dichon Hinchliff participe de l’émotion toute particulière émanant de ce "Brooklyn Village", à visiter sans détour.

Brooklyn Village ; l'affiche

Brooklyn Village ; l'affiche

© Version Originale / Condor

LA FICHE

Drame de Ira Sachs (Etats-Unis) - Avec :  Theo Taplitz, Michael Barbieri, Greg KinnearJennifer Ehle, Alfred Molina - Durée : 1h25 - Sortie: 21 septembre 2016

Synopsis : Une famille de Manhattan hérite d'une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d'abord très cordiales, notamment grâce à l'amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s'avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins.