"Blade Runner 2049", suite attendue et énigmatique du film de Ridley Scott

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 04/10/2017 à 12H11, publié le 03/10/2017 à 09H58
Ryan Goslin et Harrison Ford dans "Blade Runnet 2049" de Denis Villeneuve

Ryan Goslin et Harrison Ford dans "Blade Runnet 2049" de Denis Villeneuve

© Sony Pictures / Warner Bros. Pictures

Mal accueilli en 1982, "Blade Runner" de Ridley Scott s’est imposé depuis comme un classique. En sera-t-il de même avec cette suite, 35 ans plus tard, tant le film déroute par bien des points, avec à sa tête un des meilleurs cinéastes actuels ("Incendies", "Premier Contact"…) ? Surtout quand il fait se rencontrer deux générations d’acteurs, menées par Ryan Goslin et Harrison Ford.

La note Culturebox

4
4/5

Trop plein ?

Le Québécois Denis Villeneuve est le petit chéri du cinéma du moment. Ses films cartonnent, il fait le bonheur du public et de la critique, on lui offre de réaliser la suite d’un des meilleurs films de science-fiction, "Blade Runner" qui a révolutionné le genre, et bientôt "Dune" pour balayer le film catastrophique de David Lynch de 1984. Décidément Villeneuve aime la science-fiction pour s’y attaquer trois fois de suite. Ce qui se vérifie dans ce "Blade Runner 2049", mais qui ne va sans doute pas plaire à tout le monde. Denis Villeneuve aurait-il la grosse tête ? 
"Blade Runner 2049" : la bande annonce

En se fendant d’un film de 2h43 n’en fait-il pas un peu trop ? Certes les thèmes de "Blade Runner" se prêtent à être développés, provenant de l’œuvre d’un des plus grands auteurs de S-F Philip K. Dick, mais le réalisateur ne s’est-il pas fait un brin plaisir en surdéveloppant et complexifiant son intrigue, par ailleurs excellente, du scénariste Hampton Fancher, déjà scénariste du film de Scott ? Car si cette déclinaison séduit, elle est un peu boursoufflée par ses fausses pistes, chausse-trappes et dialogues surabondants. Même si laisser planer le mystère demeure une qualité, cette suite pose plus de questions qu'elle n'y répond. Alors, pourquoi le charme opère-t-il quand-même ?

Science-Fiction réaliste

Le film tire le plus grand profit de l’excellence de la mise en scène. Villeneuve, comme dans "Premier Contact", fait le choix d’une image sobre qui a de l’amplitude. Le choix de visualiser un univers futuriste ou fantastique hyperréaliste, rejoint le style insuflé par Christopher Nolan dans sa trilogie "Dark Knight", puis "Inception" ou "Intersellar", retrouvé dans "Rogue One", le "spin-off" (histoire dans l’histoire) de la saga "Star Wars". L’esthétique n’est plus à la "fantasy", au chatoyant ; ici tout est froid, carré, dénué de complaisance, avec un propos désespéré, aux rares notes positives. L’image en acquiert d’autant plus de justesse et de puissance dans la description d’un univers sombre, pollué, désagrégé, composé d’immenses décharges, d’immeubles délabrés et en ruines, de vaisseaux aux designs des plus fonctionnels, sans fioritures.

Ana de Armas et Ryan Goslin dans "Blade Runnet 2049" de Denis Villeneuve

Ana de Armas et Ryan Goslin dans "Blade Runnet 2049" de Denis Villeneuve

© Sony Pictures / Warner Bros. Pictures

C’est aussi dans ses seconds rôles que "Blade Runner 2049" tire le meilleur. D’abord dans le très beau rôle de Joi (Ana de Armas, vue dans "War Dogs"), l’hologramme amoureuse de Joe (Ryan Golslin), pleine de sensibilité, et qui véhicule dans son interprétation toute la thématique du "qui est qui, qui est quoi", dans ce ballet mélancolique entre la nature humaine et la machine, au cœur de "Blade Runner". De même Sylvia Hoeke campe une des meilleures "méchantes" de ces dernières années, dans une prestation autant physique qu’envoûtante.

Sylvia Hoeks dans "Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Sylvia Hoeks dans "Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

© Sony Pictures / Warner Bros. Pictures

Denis Villeneuve parvient à faire le pont avec le film de Ridley Scott (qui produit le film) en le détachant de l’esthétique issue de la BD des années 70-80 ("Métal Hurlant"), sans toutefois renouveler complètement le sujet originel. La satisfaction de voir une science-fiction mature l’emporte tout de même. Même si un certain bavardage demeure, l’on sent le réalisateur, plutôt contemplatif, obligé d’insérer des scènes d’action et des morceaux de bravoure pour relancer le rythme, souvent avec brio (la bagarre Goslin/Ford au milieu d'un spectacle holographique déréglé est fabuleuse). Ambitieux, il joue sur les deux tableaux, mais risque de ne pas répondre à l’attente générale.

"Blade Runner 2049" : l'affiche

"Blade Runner 2049" : l'affiche

© Sony Pictures Releasing France

LA FICHE

Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Denis Villeneuve
Pays : Etats-Unis
Acteurs : Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Dave Bautista, Mackenzie Davis
Durée : 2h43
Sortie : 4 octobre 2017
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...