"Birdman" : Alejandro González Iñárritu fait s'envoler Michael Keaton

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 25/02/2015 à 18H10, publié le 24/02/2015 à 12H14
"Birdman" d'Alejandro Inarritu

"Birdman" d'Alejandro Inarritu

© 2014 Twentieth Century Fox

Avec les quatre Oscars les plus prestigieux au compteur, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur photographie, "Birdman" a offert la consécration à l’Américain d’origine mexicaine Alejandro González Iñárritu. Du même coup, il a offert le rôle de sa vie à Michael Keaton, accompagné d’Edward Norton et Naomie Watts.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Alejandro González Iñárritu (Etats-Unis), avec : Michael Keaton, Edward Norton, Naomi Watts, Emma Stone, Zach Galifianakis, Lindsay Duncan - 1h59 - Sortie : 1h59

Synopsis : À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Birdman, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre "intello" à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, la critique, ses rêves et son ego… S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir... 
"Birdman" : la bande-annonce
Némésis

Michael Keaton, sur lequel repose une bonne partie du film, puisque de tous les plans, méritait l’Oscar du meilleur acteur. D’autant qu’Iñárritu filme en longs plans séquences (certains disent de "faux plans séquences") qui donnent la priorité au jeu des comédiens. Le cinéaste prend ainsi un fort parti pris de mise en scène en symbiose avec son sujet qui tourne autour de la dramaturgie théâtrale. Le film raconte en effet le montage d’une pièce par un comédien cherchant à rebondir avec panache après une carrière dans les blockbusters. Riggan Thomson (Keaton) est comme en quête d'une revanche sur lui même.
Il n’a pas fallu moins de quatre scénaristes pour écrire "Birdman", dont une partie du récit recoupe la carrière de Michael Keaton, interprète des deux "Batman" de Tim Burton, qui, après ces succès, a connu un passage à vide. L’acteur dit, lui, que son rôle est plus directement en phase avec l’actorat et la création dramatique en général qu’avec son cas particulier. C’est aussi la réussite d’Iñárritu de faire passer le message. Celui traitant de l’enthousiasme pour une création artistique, les méandres de sa mise en oeuvre, la confrontation aux acteurs, aux techniciens de plateau, à la critique…
Edward Norton et Michael Keaton dans "Birdman"

Edward Norton et Michael Keaton dans "Birdman"

© Fox
Poésie et humour

Le prisme de la création théâtrale dans "Birdman", avec en arrrière plan le cinéma "mainstream", permet également à Alejandro González Iñárritu de parler de la matière filmique et de son propre cinéma. Le réalisateur, qui s’est toujours rangé du côté des auteurs, n’a pas moins rencontré de grands succès  : "Amours chiennes", "21 Grammes" et surtout "Babel", avec deux stars, Brad Pitt et Gwineth Paltrow.
Alejandro González Iñárritu aux Oscars 2015

Alejandro González Iñárritu aux Oscars 2015

© KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

"Birdman", au-delà de sa réflexion autour de la création dramatique, est ponctué de purs instants de poésie. Dès le premier plan, où Keaton est en lévitation, l’ambiguïté du personnage domine. Investi des pouvoirs de voler et de télékinésie, comme son personnage de super-héros, Birdman/Riggan Thomson, habite tout le film jusqu’à une formidable fin ouverte. L’humour et l’émotion sont constants. Comme cette scène où Keaton se retrouve en slip dans la rue, alors qu’il est censé être sur scène, et reconnu par des quidams le photographiant à tout va : hilarant. Alejandro González Iñárritu et ses complices méritent très largement leur reconnaissance par l’Académie des Oscars, récompense ultime du cinéma mondial (avec la Palme d'or du Festival de Cannes), pour son originalité et sa beauté. A voir de toute urgence !