"Bienvenus !", comédie grinçante sur l'accueil des migrants en Europe

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/12/2016 à 14H39, publié le 06/12/2016 à 09H31
Anders Baasmo Christiansen, Olivier Mukuta, Slimane Dazi dans "Bienvenus !"

Anders Baasmo Christiansen, Olivier Mukuta, Slimane Dazi dans "Bienvenus !"

© MoltysAS

Pour son troisième long-métrage après le très beau "Nord" en 2009, Rune Denstad Langlo filme les aventures d’un directeur improvisé et raciste d’un centre de migrants en Norvège. Une œuvre légère et digne.

La note Culturebox

3
3/5
Primus est le bien peu aimable propriétaire d’un hôtel de montagne norvégien. Ça ne va pas très fort pour lui. Il est sur le point de mettre la clef sous la porte, son établissement part en lambeau, il est fauché, sa femme dépressive et sa gamine, un peu rebelle. Mais Primus n’est pas du genre à abandonner. Il a une brillante idée : transformer son hôtel décrépit en centre d’accueil pour réfugiés afin de profiter des subventions.
 
Petit problème, Primus est raciste. Il pense que ces "basanés" comme il les appelle se satisferont assez facilement des conditions lamentables de vie qu’il a à leur proposer. Évidemment, il se trompe et rien ne va se passer comme il l’avait prévu.
 

Raté flamboyant

C’est le troisième long-métrage du réalisateur danois Rune Denstad Langlo, après son très personnel "Chasing the wind" (2014), consacré au retour chez elle d’une jeune femme après le décès de sa grand-mère, et le magnifique "Nord" (2009), voyage étrange et hypnotique dans la neige norvégienne d’un grand gaillard taiseux et dépressif vers une nouvelle vie. Ce grand gaillard, c’était déjà Anders Baasmo Christiansen. Il jouait alors un raté flamboyant. C’est aussi un peu le cas ici. Primus foire tout ce qu’il entreprend mais ne courbe jamais l’échine. Il en devient touchant dans sa persévérance.

Et la ressemblance avec ce film précédent ne s’arrête pas là. On retrouve la patte du réalisateur. Ces saynètes absurdes, ces rencontres farfelues, comme avec cette assistante sociale nymphomane, et un sujet fort qu’il parvient à rendre léger.
Anders Baasmo Christiansen, Renate Reinsve dans "Bienvenus !"

Anders Baasmo Christiansen, Renate Reinsve dans "Bienvenus !"

© MoltysAS

Rune Denstad Langlo s’est d’abord fait connaître par le documentaire, avec "Too much Norway" (2005) qui retraçait 100 ans d’indépendance de la Norvège avec toujours son ironie et son humour caractéristiques. Le cinéaste semble-là revenir à ses premières amours en s’emparant d’un fait on ne peut plus d’actualité.

 Reportage: D. Wolfromm / X. Roman / N. Karczinski

Amitié

Dans certains pays scandinaves, l’accueil des réfugiés est un commerce très rentable. En Suède par exemple, là où a en partie été tourné le film, l’hébergement des demandeurs d’asile est souvent confié au privé. Là-bas, Bert Karlsson, populiste ayant fondé il y a 25 ans un parti anti-immigration, est le leader du marché.
 
Pas sûr que dans cette réalité-là, la belle histoire d’amitié qui se noue entre Primus et l’un des migrants se produise. Car peu à peu, ses préjugés, sa peur de l’autre et son ignorance se sont dissipés. On aurait tort de trouver la leçon sotte.

LA FICHE

Film de Rune Denstad Langlo - Avec Anders Baasmo Christiansen, Olivier Mukuta et Slimane Dazi. Durée : 1h30. Sortie le 7 décembre 2016.

Synopsis : Quand on est propriétaire d’un hôtel quasiment en faillite dans les montagnes norvégiennes, est-ce que la solution ne serait pas de le transformer en centre d’accueil des refugiés pour profiter de subventions bien opportunes ? C’est le bon plan de Primus, hôtelier peu aimable et pas vraiment ouvert aux autres cultures… Mais voilà, la bonne idée de Primus ne s’avère pas si simple. Accueillir 50 personnes d’origine diverses, quand il faut compter en plus avec une femme déprimée, une ado rebelle, et des préjugés racistes, ça promet bien des déconvenues mais aussi, des heureuses surprises ! BIENVENUS !