Avec "Zero Theorem", Terry Gilliam signe son "Brazil" du 21e siècle

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 24/06/2014 à 01H07, publié le 21/06/2014 à 09H00
"Zero Theorem" de Terry Gilliam

"Zero Theorem" de Terry Gilliam

© Hugo Stenson

La sortie d'un film de Terry Gilliam reste un événement. Avec "Zero Theorem", il renoue avec les démons de Brazil (1984), la menace totalitaire. Il prouve aussi qu'il reste dans la course des réalisateurs les plus imaginatifs.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

Film américano-britannique de Terry Gilliam – avec Christoph Waltz, David Thewlis, Mélanie Thierry, Tilda Swinton et Matt Damon – Durée : 1h39 – Sortie : 25 juin 2014

Synopsis : Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes…
Aucun doute, nous sommes bien dans l'univers unique de Terry Gilliam. Ambiance orwellienne, machines infernales, couleurs saturées. L'image et les dispositifs sont toujours aussi sophistiqués. Un régal de créativité… qui donne aussi froid dans le dos.

Sous la pression du "Management" - le nouveau Big Brother dont les caméras espions le scrutent jour et nuit - le pauvre Qohen ("pas Quinn, Qohen !" s'évertue-t-il à préciser à ses interlocuteurs qui s'en balancent) a hérité d'une mission infernale : démonter le "Zero Theorem"… et prouver, au bout de ses calculs, que l'univers a été créé pour rien !

Dans une ville lugubre, dont les murs gris sont recouverts d'écrans qui diffusent en boucle des messages publicitaires anesthésiants, Qohen se décoince peu à peu, effleure l'amour et trouve dans un mini-geek un allié inattendu face à un pouvoir économique qui a pris le contrôle de tous les leviers.
Christoph Waltz dans "Zero Theorem" © Hugo Stenson
30 ans après l'extraordinaire "Brazil" – qui dépeignait génialement une société totalitaire et absurde, tournant en boucle - Terry Gilliam livre la critique violente et stylisée d'un monde ultra-connecté soumis à ses nouveaux maîtres. Ce modernisme nous emmène-t-il vers l'ordre ou le chaos, interroge l'ancien Monty Pithon ? "Pourquoi je vis ?" se demande son personnage principal, obsédé par l'hypothétique coup de fil qui lui expliquera le sens de tout ça… 

Comme souvent avec Terry William, l'image mérite, à elle seule, le déplacement. Riche, fourmillant de détails, souvent incroyable. On pense à Moebiüs et aux bandes dessinées du magazine de BD Métal Hurlant des années 70-80. Ses acteurs se mettent au service de la cause : Christoph Waltz compose un Qohen inquiétant, drôle et fragile. Sensuelle et pétillante, Mélanie Thierry est la bombe qui va faire exploser sa vie quasi-monastique. Elle renvoie à la "Poupée Pat" d'"Ubik" de Philip K. Dick. Dans des seconds rôles étonnants, Matt Damon incarne "le Management", boss froid et cynique, tandis que Tilda Swinton assure une mission d'assistance psychologique totalement déjantée…

Digne héritier de "Brazil", "Zero Theorem" est une prophétie qui dérange et fascine. Seul rayon de soleil dans ce monde carcéral sans barreaux, l'amour garde sa magie. Qohen y trouve la force de la rébellion. Tout n'est pas perdu…