"Ali a les yeux bleus" : intégration chérie

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 28/04/2014 à 11H04
Nader Sarhan dans "Al a les yeux bleus" de Claudio Giovannesi

Nader Sarhan dans "Al a les yeux bleus" de Claudio Giovannesi

© Bellissima Films

Il ne faut jamais désespérer du cinéma italien, même s’il traverse de mauvaises passes. Claudio Giovannesi le prouve avec "Ali a les yeux bleus", son deuxième long métrage, le premier distribué en France, sur la quête d’intégration d’un adolescent d’origine égyptienne en Italie. Bien senti.

De Claudio Giovannesi (Italie), avec : Nader Sarhan, Stefano Rabatti, Brigitte Apruzzesi - 1h39 - Sortie : 30 avril 2014

Synopsis : Nader, jeune romain d'origine égyptienne, tente de se rebeller contre les valeurs de sa famille. Tiraillé entre le poids de ses origines et son désir d'intégration, courageux et amoureux à l'instar du héros d'une fable contemporaine, Nader, livré à lui-même, va affronter la solitude et la peur, et devra se résigner à la perte d'une amitié pour affirmer sa propre identité.
"Ali a les yeux bleus" : la bande-annonce

L’apparence d’intégration
Claudio Giovannesi va sur les pas d’un cinéma britannique qui fait toujours référence en matière de sujets sociaux. Son approche est des plus réalistes sans être naturaliste, dépeignant un milieu quotidien, sans s’épancher, tout en en restituant les paradigmes. Ali, 16 ans de famille musulmane, est amoureux d’une fille de son âge italienne, catholique, qui l’aime en retour, et en parle à ses parents. Sans être pratiquant, son père lui interdit d’adopter une telle attitude par respect des traditions. Une équation très commune que Claudio Giovannesi  traite avec tact et acuité.

Si « Ali a les yeux bleus », c’est qu’il s’appose des lentilles colorées sur les yeux, symbole de tout son processus de jeune garçon à vouloir s’intégrer dans un monde, occidental, fondé sur les apparences. Rusé. Son copain Stefano ne cesse de l’en dissuader et de le suivre dans son univers de petits coups pour se faire de la « maille ». Un chemin sur lequel le pousse, sans s’en rendre compte, son père, par son opposition à fréquenter une Italienne. Le cinéaste déplie avec justesse toutes les composantes de cette équation difficile à résoudre, entre le respect envers les origines et la volonté de renouvellement.

Nader Sarhan et Stefano Rabatti dans "Ali a les yeux bleus" de Claudio Giovannesi

Nader Sarhan et Stefano Rabatti dans "Ali a les yeux bleus" de Claudio Giovannesi

© Bellissima Films

De Charybde en Scylla
Claudio Giovannesi  fait passer le message, grâce en grande partie à ses jeunes interprètes et un sujet en phase avec le temps, en Italie, comme ailleurs en Europe. Il double cependant son propos, pour le servir, de l’intrigue « gangsta », où Ali est toujours poussé à s’engager. Il lui apporterait l’argent de l’insertion, pour mieux le cloîtrer dans celui de « l’étranger », toujours en marge de la société à laquelle il n’aspire qu’à s’intégrer, se fondre en elle.

Le film gagne par ce dilemme, mené comme un thriller social, dans les composantes à la fois parentales, ancestrales, et contemporaines auxquelles est confronté Ali. Contradictoires, elles se rejoignent. Balancé de Charybde en Scylla, Ali perd le Nord, tout en perdurant sa quête, jusqu’à une résolution ultime à découvrir. Claudio Giovannesi ne joue jamais d’un quelconque lyrisme mais sent juste, même si sa mise en image et mise en scène restent dans un format modeste. Mais n’est-ce pas tout son propos de faire passer un message puissant à travers une anecdote ? A voir les yeux dans les yeux.