"À vif" avec Bradley Cooper et Omar Sy tombe à plat

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/11/2015 à 00H21, publié le 02/11/2015 à 14H03
Bradley Cooper et Omar Sy dans "À vif"

Bradley Cooper et Omar Sy dans "À vif"

© SND

Quand l'enfant terrible de la gastronomie, après une longue descente aux enfers, tente de conquérir sa troisième étoile au Michelin. C'est le pitch de départ d'un film bien loin de la mériter.

La note Culturebox

2
2/5
Tout y était. Un casting de rêve avec un Bradley Cooper en tête d'affiche, la délicieuse Sienna Miller en mère courage et un Omar Sy enfin dans un rôle pas trop secondaire. Une trame qui semblait se tenir avec un récit qui donnait l'occasion à l'acteur révélé dans "Very Bad Trip" d'entrer dans la peau d'une rock star déchue de la cuisine entreprenant un voyage rédempteur de Paris à Londres. 

Malheureusement, "À vif" nous a laissé un peu de marbre, froid, congelé même. Rassurez-vous, notre critique ne sera pas truffée de métaphores culinaires plus ou moins clichées. On s'arrêtera à celle-là. C'est promis.
Bradley Cooper dans "À vif"

Bradley Cooper dans "À vif"

© SND

Baudelaire avec une toque

"À vif", c'est l'histoire d'Adam Jones (Bradley Cooper). Celle d'un cuisinier rebelle. Oui oui, c'est possible. Et ce même si ses seuls coups de couteaux ne sont donnés qu'aux tomates et autres courgettes. Car Adam Jones est un cuistot maudit. Un écorché vif de la gastronomie. Baudelaire avec une toque. Enfin, pas vraiment. Adam Jones est bien trop rebelle pour en porter. Vous comprenez, comment ce beau gosse, veste en cuir sur le dos et moto rutilante, addict aux drogues, à la boisson et aux femmes au point d'en perdre son restaurant étoilé parisien pourrait-il s'affubler de cet accoutrement d'un autre temps ? Faut pas déconner ! Peu importe, Adam Jones a changé. Les excès, emballé, c'est pesé. Tout ça c'est terminé.
 
Après avoir ouvert, on ne sait pas trop pourquoi, un million d'huîtres en Louisiane (oui un million, littéralement), il fait son retour à Londres pour y fonder le meilleur restaurant de tous les temps. Rien que ça. Et nous qui le pensions sur la voie de la sobriété. Il va réunir autour de lui, après moult difficultés, une équipe de choc constituée de jeunes commis prometteurs et d'anciens partenaires chefs de partie. Mais ses vieux démons ne vont pas tarder à lui sauter au visage. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne sont pas très encombrants.
 
Les auteurs ont en effet eu la fâcheuse idée de faire ressurgir ce passé scabreux du personnage uniquement au travers de ses dires ou de ceux de ses acolytes. Du coup, on ne parvient jamais à être touché par son histoire. Quelques accès de colère, deux-trois assiettes qui volent, deux dealers français pas bien menaçants qu'on aperçoit ici et là et c'est à peu près tout. Et on suit, impuissant, son petit cheminement ennuyeux et un peu excluant vers une rédemption qui ne fait guère de doute.
Sienna Miller dans "À vif"

Sienna Miller dans "À vif"

© SND

Foire aux clichés

John Wells, le réalisateur, ne montre pas un grand talent dans la direction d'acteurs. Bradley Cooper, plutôt convaincant ces derniers temps n'est que l'ombre de lui-même. Le demi-dieu décadent de "Limitless" ? Disparu. Le taré flamboyant d' "Happiness Therapy" ? Envolé. Il lui reste certes ses beaux yeux délavés. Mais force est de constater que ça ne suffit pas toujours. Trop colérique, trop détaché, son personnage d'égocentrique-camé-repenti manque cruellement de substance et de justesse. Sans même parler d'Omar Sy qui campe, une énième fois dans un film américain, le rôle du Français. Un énième rôle de faire-valoir. Un énième rôle où il ne peut s'empêcher de ponctuer ses phrases d'expression en français pour rappeler qu'il est français. Comme si le spectateur avait pu en douter une seconde. Seule Sienna Miller parvient à tirer son épingle du jeu. Étonnante de justesse dans le rôle de la mère célibataire elle aussi un peu rebelle, elle n’a malheureusement pas assez de marge de manœuvre pour développer véritable son personnage dans un scénario d'une pauvreté et d'une facilité abyssales. C’est la foire aux clichés. De la fameuse guerre des chefs si chère à la téléréalité en passant pas les crises d’hystérie en cuisine sans oublier l’idylle entre le chef et sa jolie seconde.
 
Si esthétiquement le film est réussi avec une lumière travaillée et une foultitude de gros plans qui nous mettent tout simplement l'eau à la bouche, on reste clairement sur notre faim. Oui, on avait bien dit qu’on arrêtait mais c’était plus fort que nous. 
Comédie dramatique de John Wells – Avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Omar Sy et Daniel Brühl – Durée : 1h40. Sortie le 4 novembre 2015.

Synopsis : Plus qu'un grand chef, Adam Jones est une rock star de la cuisine, couronnée par deux étoiles au guide Michelin. Grisé par le succès, arrogant et capricieux, il sombre dans l'alcool et la drogue. Quelques années plus tard, il a retrouvé la voie de la sobriété. Entouré de jeunes commis et chefs de partie, il relance un restaurant londonien, déterminé à obtenir le graal de la gastronomie : une troisième étoile. Hanté par les fantômes du passé, le chemin de la rédemption s'annonce plus âpre que prévu : il ne lui reste qu'une seule chance pour devenir une légende…