Anniversaire de "La Haine": quelle suite pour le film culte 20 ans après ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/06/2015 à 18H02, publié le 01/06/2015 à 14H08
L'affiche du film "la Haine", 1995

L'affiche du film "la Haine", 1995

© DR/Culturebox

20 ans déjà. Le 31 mai 1995, "La Haine" de Matthieu Kassovitz sortait sur les écrans. Ce film allait marquer toute une génération et provoquer un scandale. Le réalisateur ne pensait pas créer une telle polémique. ll faudra attendre les émeutes de 2005 pour comprendre à quel point son film était visionnaire. Aujourd'hui, il est pressé de toutes parts pour donner une suite à ce film.

La Haine : "Jusqu'ici tout va bien"

Le synopsis de "La Haine" est assez simple. Trois copains d'une banlieue ordinaire traînent leur ennui et leur jeunesse qui se perd. Ils vont vivre la journée la plus importante de leur vie après une nuit d'émeutes provoquée par le passage à tabac d'Abdel Ichah par un inspecteur de police lors d'un interrogatoire. Une histoire comme beaucoup d'autres.

Sauf que le talent de Matthieu Kassovitz est d'en avoir fait un film exceptionnel qui dépeint la réalité de la vie dans les cités. Un film générationnel qui marquera les esprits avec ses tensions, sa violence mais également son humour. Le tout servi par une photographie et un noir et blanc sublimes. Et pour couronner le tout, les répliques du flm deviendront célèbres et en particulier : "Jusqu'ici tout va bien... l'important ce n'est pas la chute... c'est l'aterrissage". C'est d'ailleurs à cela que l'on reconnait un film qui marque son époque.  


Une équipe de France 3 Ile-de-France est retournée dans la ville du tournage, Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) pour voir si les choses ont changé en 20 ans. Le constat est plutôt amer pour certains.

Reportage : Aude Blacher, Yoann Dorion; Yohan Malka; Louise Simondet


"Les acteurs sont devenus célèbres et eux (les habitants) sont restés dans la merde". Avec le franc-parler qui le caractérise, Jean-Pierre Mocky donne son point de vue sur la Haine de Matthieu Kassovitz. 


Et aujourd'hui comment ça va ?    

Pour les jeunes des quartiers difficiles, si "La Haine" a mis un coup de projecteur sur leur situation, aujourd'hui rien n'a vraiment changé. Ils sont toujours aussi nombreux à quitter le système scolaire sans diplôme, ils sont toujours les premières victimes du chômage, et l'ennui fait toujours partie de leur quotidien. C'est en partant de ce constat que certains aimeraient voir "La Haine 2". Un film qui raconterait Chanteloup-les-Vignes et la banlieue d'aujourd'hui.

Nos confrères du Parisien se sont rendus dans cette cité et pour eux en vingt ans la cité de "la haine s'est métamorphosée". Un article qui raconte l'investissement de l'Etat pour faire de cette cité un endroit vivable. Et tout a commencé par un plan de rénovation urbaine. Si Chanteloup-les-Vignes semble tirer son épingle du jeu dans cette affaire, de nombreuses autres banlieues sont toujours abandonnées. "La Haine" ne racontait pas seulement Chanteloup-les-Vignes mais ces quartiers que l'on qualifie de "difficiles" ou de "sensibles", selon les discours. Manuel Valls avait même osé parler "d'apartheid territorial, social et ethnique". Une réalité que le cinéma a longtemps ignorée jusqu'à la Haine. 

 

Chanteloup-les-Vignes


Un film reconnu par les professionnels et le public

Récompensé à Cannes par le Prix de la mise en scène en 1995, "La Haine" a également raflé de nombreux César. Mais ce film noir sur la vie de jeunes des cités n'a pas seulement séduit les professionnels et les amoureux du 7e art. Il a également rencontré le public et a même fait mieux, il a séduit les jeunes de banlieue. Un public réputé difficile.

Les répliques, les acteurs, le réalisateur sont devenus célèbres dans les cités. Vincent Cassel y a gagné une aura de dur à cuire. François Levantal, acteur discret du cinéma français et interprète d'Astérix dans "la Haine", raconte que ce tout petit rôle a fait de lui une vedette auprès des jeunes des banlieues  : "Je me suis aperçu que les gens qui connaissaient ma gueule, c’était toutes les petites cailles de banlieue, et ils aimaient mon personnage", dit il au site Konbini.