"Miss Hokusai", le secret le mieux gardé du grand maître japonais

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/09/2015 à 10H27, publié le 22/06/2015 à 17H44
"Miss Hokusai" de Keiichi Hara

"Miss Hokusai" de Keiichi Hara

© PRODUCTION I.G

Ce film d'animation, qui sort en France le 2 septembre, retrace la vie de O-Ei, la fille du grand artiste japonais Katsushika Hokusai. Et révèle qu'elle réalisait de nombreuses oeuvres que son père se contentait de signer...

Découvrez l'interview de Keeichi Hara, prix du jury du festival du film d'animation d'Annecy pour "Miss Hokusai".

Entretien avec Elisabeth de Pourquery (France 3)

Miss Hokusai raconte l’histoire d’une famille d’artistes excentrique, à travers la troublante relation père-fille dans ce début du XIXe siècle japonais. Ce portrait d’une femme moderne et insoumise, révèle la face cachée d’une artiste méconnue qui réalisait la majeure partie des œuvres de son père, pendant que celui-ci buvait des sakés au bistro avec ses amis, se contentant de signer les œuvres de sa fille, en rentrant ivre de ses soirées paresseuses.

Dans l’ombre du père

Ce père prestigieux, Katsushika Hokusai ( 1760-1849) est probablement l’un des artistes japonais les plus connus au monde. Sa fameuse série d’estampes intitulée "Les trentes-six vues du mont Fuji" dont fait partie la si célèbre "Grande Vague de Kanagawa", a inspiré nombre d’artistes.
"Miss Hokusai".

© Un dessin de fan
Récemment l’exposition Hokusai au Grand Palais, a connu un très grand succès avec plus de 200 000 visiteurs.

Le combat d’une jeune Japonaise de caractère

Miss Hokusai vit dans une époque où les femmes artistes n’ont que peu de reconnaissance par rapport à leurs homologues masculins. Pourtant O-Ei, c’est le prénom de Miss Hokusai, se bat pour imposer son caractère et son esprit libre. Sa collaboration artistique avec son artiste de père, lui permet de maîtriser pleinement son art. S'il était le maître en matière de tracés et de composition, sa fille excellait dans les dessins de bilinga "belles femmes" et de shunga, ces dessins érotiques incontournables dans l’art japonais. Le parcours de Miss Hokusai rappelle la vie tourmentée d’une autre artiste sculptrice du 20e siècle : Camille Claudel, avec les mêmes frustrations en tant que femme artiste. Sa fin est heureusement bien moins dramatique. A 23 ans, Miss Hokusai incarne la femme moderne, qui veut imposer ses idées et surpasse, sur certains thèmes féminins, le talent de son père. 

La création d’un personnage moderne repensé pour l’animation 

Character Design de Miss Hokusai

© Character Design de "Miss Hokusai" - Illustration Yoshimi Itazu / Elisabeth de Pourquery

Comment montrer la personnalité de la fille du célèbre Maître ? C’est la question que s’est posée Yoshimi Itazu. Il a façonné avec ses crayons et ses encres, une femme proche de notre époque contemporaine. Le dessinateur du personnage animé de "Miss Hokusai", a voulu incarner un personnage volontaire. De gros sourcils, des expressions chafouines, un regard intense, à l’image d’une jeune femme talentueuse qui ne veut pas tout céder. Rebelle dans cette époque où la femme japonaise, comme la femme européenne, doit obéir à des codes où l’homme a beaucoup plus de droits. 
"Miss Hokusai" - © Yoshimi Itazu Character Designer - Photo Elisabeth de Pourquery culturebox

Bien qu’attesté historiquement, très peu de gens ont connaissance de l’existence de la troisième fille de Tetsuko Hokusai qui l’assista toute sa vie. Une femme libre, éclipsée par la personnalité de son père. Ce film d’animation, inspiré d’un manga, réhabilite une fois pour toutes le talent de cette femme obstinée. Sans jamais avoir été créditée de ses œuvres, O-Ei Hokusai a très souvent dessiné à la place de son père, passant des journées entières dans leur maison-atelier, remplie de détritus, créant d’incroyables chefs d’œuvres. Ce travail immense, attribué à son père, fascinera une génération d’artistes, de Degas à Monet, Van Gogh et Klimt, Debussy et Baudelaire.