« Cheval de guerre » : Spielberg dans les tranchées

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 20/02/2012 à 13H54
Jeremy Irvine dans "Cheval de guerre" de Steven Spielberg

Jeremy Irvine dans "Cheval de guerre" de Steven Spielberg

© The Walt Disney Company France

De Steven Spielberg (Etats-Unis), avec : Jeremy Irvine, Emily Watson, Peter Mullan, David Thewlis, Niels Arestrup - 2h27 - Sortie : 22 février

Synopsis : De la campagne anglaise aux contrées d’une Europe plongée en pleine Première Guerre Mondiale, l’amitié qui unit un jeune homme, Albert, et le cheval qu’il a dressé, Joey. Séparés aux premières heures du conflit, l’extraordinaire périple d'un cheval d'exception alors que de son côté Albert va tout faire pour le retrouver. Joey va changer la vie de tous ceux dont il croisera la route : soldats de la cavalerie britannique, combattants allemands, et même un fermier français et sa petite-fille…
 

En quatre mois, Steven Spielberg aura sorti deux films : « Les Aventures de Tintin » et ce « Cheval de guerre » qui déboule aujourd’hui sur les écrans. Si l’on y ajoute la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque et la master class qu’il y a donnée, la France semble prise de « spielbergmania ». Sortir deux films coup sur coup d’une telle complexité et ampleur relève de la gageure, d’autant qu’ils s’avèrent des réussites, notamment « Cheval de guerre » mélo épique situé au cours de la Première mondiale en France, autour de l’amitié entre un adolescent et un cheval d’exception.

Steven Spielberg a déjà tâté de la guerre dans « L’Empire du soleil » (1988) et « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998), ainsi qu’indirectement dans « La Liste de Schindler » (1994) et « La Guerre des mondes » (2005). « Cheval de guerre » adapte le roman éponyme (1982) de Michael Morpurgo qui a la particularité de transmettre à la jeunesse une vision très réaliste de la Grande guerre. Situé sur le front français, il traite le conflit du côté britannique et allemand, avec comme agent de liaison un magnifique « demi-sang » réquisitionné par l’armée anglaise qui ne cesse de passer d’un côté à l’autre au gré des prises de guerre.

"Cheval de guerre" de Steven Spielberg

"Cheval de guerre" de Steven Spielberg

© The Walt Disney Company France

Si le premier conflit mondial est au cœur du film, « Cheval de guerre » est avant tout une aventure humaine, où l’animal transforme tous ceux qu’il côtoie. Le paysan anglais qui l’achète, son fils qui le dresse, l’officier britannique qui le réquisitionne, le muletier allemand qui en a la charge, le fermier français et sa fille qui le recueillent… Ce pouvoir éminemment fascinant est transmis grâce à la puissance et la beauté du cheval qui l’incarne, tout comme l’art de Spielberg qui le filme. Le cinéaste est au premier rang de ceux qui tombent sous le charme de Joey tel que l’a nommé son jeune propriétaire, Albert.

Steven Spielberg renoue avec un style épique de grande ampleur, dans la reconstitution historique, de toute beauté, et les scènes de bataille, que cela soit la charge de cavalerie au tout début du conflit, où pendant la guerre des tranchées. Le cinéaste a dû penser plus d’une fois à feu son ami Stanley Kubrick quand il réalisait « Les Sentiers de la gloire », notamment dans les scènes situées dans le « no man's land ». Spielberg réalise entre autres une scène d’anthologie lors du face à face entre Joey et un char d’assaut, conclu par une fuite en avant du cheval a travers le champ de bataille, jusqu’à son arrêt brutal dans les barbelés : époustouflant. « Cheval de guerre » réunit tout le lyrisme de Spielberg et la maestria de sa mise en scène.