50 ans après, l'hommage de Cherbourg à ses "Parapluies"

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/06/2013 à 14H56, publié le 13/06/2013 à 11H58
Geneviève (Catherine Deneuve) et sa mère dans "Les Parapluies de Cherbourg" (1964) 

Geneviève (Catherine Deneuve) et sa mère dans "Les Parapluies de Cherbourg" (1964) 

© Ciné Tamaris

Cherbourg acquiert une incroyable aura lorsque "Les Parapluies de Cherbourg", le chef d'oeuvre en-chanté de Jacques Demy, se voit décerner une Palme d'or surprise au festival de Cannes 1964. Pour ses 50 ans d'existence, le film ressort mercredi en version restaurée. Dans le même temps, la ville consacre un parcours déambulatoire qui revient sur les dessous du tournage.

Geneviève et Guy, les amants éternels séparés par la fatalité du sort. Un destin brisé raconté en chansons qui connu un grand succès populaire et fascine encore, 50 ans après. A partir de ce week-end, la ville de Cherbourg rend hommage au film de Demy à travers une exposition en plein air qui propose un parcours sur les traces de Catherine Deneuve et fait revivre l'histoire du tournage. Et dire que le film a bien failli ne jamais voir le jour ...

Curieusement, il a fallu attendre tout ce temps pour voir la cité se réapproprier "Les Parapluies de Cherbourg". Une explication pourtant simple : l'association de la ville à une ambiance pluvieuse ne plaisait guère aux habitants.

Reportage de P. Latrouitte, P. Mertz, V. Potel  
Le réel transformé  
Des panneaux en forme de claps sont placés un peu partout dans la ville, à l'emplacement des mythiques lieux du film. Une immersion complète pour le visiteur qui, via son smartphone, peut aussi profiter des commentaire de Claude Pesnel, témoin du tournage. Jacques Demy a en effet énormément impliqué les Cherbourgeois, permettant au plus grand nombre d'assister au tournage.

Voir de la neige artificielle en plein été à Cherbourg, et l'inventivité des décors pour rendre au Cherbourg de l'époque un aspect conte de fée, ce n'est pas donné  à tous le monde. A propos, saviez-vous que le magasin des "Parapluies de Cherbourg" était à l'origine une quincaillerie ? C'est ça, la magie du cinéma !
Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo dans "Les parapluies de Cherbourg" (1964)
Du doute à l'euphorie : un tournage mouvementé  
Il faut bien le dire, "Les Parapluies", comme nombre d'autres films mythiques (on pense notamment à Citizen Kane) n'a failli ne jamais voir le jour. L'audace du film, consistant à faire jouer des acteurs peu connus dans une fiction entièrement chantée, n'a guère séduit les producteurs. Demy a eu beau chercher, il a fallu aller chercher les  premiers fonds à l'étranger, en l'occurence chez la Fox, pour réunir l'argent nécessaire au tournage. Grâce au système de l'avance sur recette, les Allemands ont aussi pris part à l'aventure, mais le budget du film reste très largement insuffisant.

Ainsi, le tournage, bouclé en 8 semaines, est complexe et nécessite de nombreux changements par rapport à la vision rêvée qu'en avait Jacques Demy. Au final, loin de desservir le film, ce manque de moyen, obligeant à sans cesse improvisé, donne au film un certain aspect bricolé, qui renforce son authenticité et lui confère ce petit charme en plus qui a su faire rêver le public. C'est un peu comme si le théâtre s'invitait au cinéma. On sait que c'est faux, mais on a envie d'y croire. 
Catherine Deneuve dans "Les parapluies de Cherbourg" 

Catherine Deneuve dans "Les parapluies de Cherbourg" 

© Ciné Tamaris
Consécration  
De fil en aiguille, le tournage avance au gré des difficultés. Les témoignages évoquent une large euphorie et un grand enthousiasme de la part des Cherbourgeois. En collaboration étroite avec Michel Legrand, Jacques Demy parvient à donner au film une vraie envergure, porté par sa muse Catherine Deneuve, dont c'est le premier grand rôle au cinéma.

Grâce à sa consécration cannoise, le film attire les foules et fait plus d'un million d'entrées en France, un chiffre inespéré pour un film au budget si riquiqui. On espère que la version restaurée, déjà présentée au dernier Festival de Cannes, donnera aux "Parapluies", film éclatant de couleurs, une seconde jeunesse