"17 Filles": la grossesse adolescente décryptée par un psychiatre

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 16/12/2011 à 14H14
Les actrices de "17 Filles"

Les actrices de "17 Filles"

© Lemachere Aurélie/SIPA

Le film « 17 Filles » questionne la grossesse adolescente. Delphine et Muriel Coulin, les réalisatrices voulaient ouvrir le débat, elles ont réussi. Inspiré d’un fait divers survenu aux Etat-Unis en 2008 « 17 Filles » transpose à Lorient l’histoire de ce groupe d’adolescentes, en classe de première qui décident de tomber enceintes en même temps. Le Docteur Philippe Jeammet, psychiatre, spécialiste de l’adolescence décrypte ce phénomène de mimétisme.

Culturebox : Comment expliquez-vous la démarche de ces 17 adolescentes ?

Docteur Philippe Jeammet : La grossesse surtout à l’adolescence va mobiliser beaucoup de désirs contradictoires. A la fois ceux de devenir femme, de passer à l’âge adulte, de s’affirmer dans ses potentialités et en même temps de retrouver un miroir du bébé qu’on a été. Il y a les deux : je suis une maman et je suis le bébé en même temps.
Ces deux mouvements essentiels vont se conjuguer à l’adolescence : le désir de grandir et l’envie régressive.
Tout cela mobilise beaucoup d’émotion et on peut concevoir que lorsqu’on est très émue on a besoin d’être entourée. Souvent on va se confier à son amoureux, on va se rapprocher des parents. S’il y a des carences affectives, éducatives, c’est entre pairs que l’on va se retrouver. Il y a cet instinct grégaire qui va pousser les filles à se rapprocher les unes des autres, à être semblables, à éprouver les mêmes choses. Il y a un peu de rivalité (moi aussi je peux être enceinte). En même temps on est pareille, on est ensemble, on n’est pas seule.
C’est vraiment ce mouvement puissant qui doit  toucher dans ce film. Sentir ce remue ménage émotionnel et le besoin que l’on a, à ce moment là, de s’appuyer les unes sur les autres, les unes contre les autres, toutes proches.

Y a-t-il aussi le désir de se rebeller, de s’affranchir des parents ?

Oui  surtout, s’il y a des comptes à régler : milieu un peu difficile, éducation carentielle. Là il y a une façon de transgresser ensemble, de faire quelque chose qu’on n’attend pas d’elles, qu’elles devraient faire plus tard. Cet élan fusionnel signifie que toutes ensembles on devient une force. Derrière il y a beaucoup d’inquiétudes, beaucoup de doutes sur leurs valeurs. En voulant faire de cette fragilité une force, elles vont aller un peu trop loin. Elles ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes.

Un tel phénomène ne vous surprend pas ?

Non mais en général, elles sont deux ou trois, comme lorsque deux filles. Là il  y a un phénomène de groupe un peu exceptionnel que l’on  retrouve aussi quand deux filles se suicident en se tenant la main. Derrière cette violence apparente il y a un élan pour ne pas être seule.

Les grossesses adolescentes restent-elles un vrai problème de société ?

Oui. C’est de plus en plus fréquent, malgré tous les moyens de protection, il y a toujours cette tentation de s’abandonner au sort et aussi ce désir de se prouver qu’on a la capacité d’avoir un enfant, de créer malgré les problèmes qui vont se poser.

Quels sont les moyens de préventions ?

Il faut dialoguer au sein de la famille. Dire aux filles qu’elles ont la vie devant elles et que la grossesse va souvent accentuer la solitude.
Un film comme « 17 Filles » devrait être une bonne occasion pour des  familles de dialoguer, de demander aux adolescentes ce qu’elles en pensent. On voit beaucoup mieux les problèmes qui se posent quand il ne s’agit pas de soi. Il faut se donner cette capacité de choisir, ne pas être complètement prises par ses émotions.