« Au-delà des collines » : Mungiu après sa Palme de 2007 en compétition

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 15/05/2012 à 13H51
Film projeté en Compétition officielle.

Film projeté en Compétition officielle.

© DR

De Cristian Mungiu (Roumanie), avec : Cristina Flutur, Catalina Harabagiu, Cosmina Stratan, Dana Tapalaga - 2h30 - Sortie : non datée

Synopsis : Alina revient d'Allemagne en Roumanie pour y emmener Voichita, la seule personne qu'elle ait jamais aimée et qui l'ait jamais aimée. Mais Voichita est novice dans un couvent après sa rencontré. L'attitude d'Alina, aux yeux de la communauté revêt les stigmates d'une possédée qu'il faut exorciser.
 

Une si longue absence
Cela fait bien plus longtemps que « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », titre de la Palme 2007, que le Roumain Cristian Mungiu n’avait pas donné de nouvelles. Cinq ans. Mais il revient dans la compétition officielle cette année avec « Au-delà des collines » qui, par ses partis prix affirmés va diviser la critique,  une deuxième Palme n’étant, elle, sans doute pas à l’ordre du jour.

Son film aborde un sujet difficile, sous une forme qui ne l’est pas moins. Inspiré d’un fait divers survenu en 2005 en Moldavie, « Au-delà des collines » est une fiction fondée sur l’histoire d’une jeune femme venue visiter une des sœurs d’un couvent orthodoxe, décédée quelques temps plus tard à l’issue d’un supposé exorcisme. Mungiu traite le sujet dans l’ascèse, une ambiance glaciale - au propre et au figuré -, dans la lignée d’un Robert Bresson, sur deux heures et demie. Autant dire que l’on n’est pas à la fête.

"Au-delà des collines" de Cristian Mungiu

"Au-delà des collines" de Cristian Mungiu

© Le Pacte

Le film est d’autant plus plombé que son départ prend beaucoup de temps à la mise en place du contexte en étant très bavard. Pourtant, quelque chose se passe bien, dans ce microcosme monacal où une jeune femme amoureuse est venue retrouver la seule personne qui ne l’a jamais aimée et qu’elle aime, pour l’extirper de sa vocation. Mais peut-on rivaliser avec Dieu ?

Une fois le cadre posé, le film s’accélère, multipliant les scènes traumatiques et la folie qui contamine « l’exorcisée » comme tout le couvent. Le cas renvoie aux célèbres possédés de Loudun au XVIIe siècle, et que le polonais Jerzy Kawalerowicz adapta dans « Sainte Marie des Anges » en 1961 avec une même ascèse. Mungiu tire plus son film vers le thème de l’incommunicabilité résultant des passions, qu’elles soient entre humains ou pour Dieu. L’incompréhension est au centre tout comme le sacrifice possible pour en sortir.

L’accueil du film en première de presse a été plus que mitigé, quelques hués fusant. Il n’en reste pas moins que le cinéaste roumain fait preuve d’une belle maîtrise de la mise en scène, avec des acteurs formidables. Il aborde des sujets complexes sur une tonalité grave, préférant poser plus de questions qu’y répondre.