Ibrahim Maalouf et Irina Brook, messages croisés après l'attentat de Nice

Par @Culturebox
Publié le 15/07/2016 à 17H08
Ibrahim Maalouf le 2 mai 2014 à Paris ; Irina Brook le 8 janvier 2014 à Nice

Ibrahim Maalouf le 2 mai 2014 à Paris ; Irina Brook le 8 janvier 2014 à Nice

© Baltel / Sipa ; Jean-François Ottonello / PhotoPQR / Nice-Matin / MaxPPP

Le trompettiste Ibrahim Maalouf, programmé au Nice Jazz Festival, finalement annulé, estime que les artistes doivent continuer de jouer pour "alléger les cœurs". Pour la directrice du centre dramatique national de Nice Irina Brook, c'est aux politiques désormais de se réformer pour stopper "cette tragédie omniprésente".

Ibrahim Maalouf : "Ne pas abandonner"

Le trompettiste Ibrahim Maalouf devait jouer mardi au Nice Jazz Festival, annulé à la suite de l'attentat survenu jeudi soir sur la promenade des Anglais. "Je trouve ça normal vu le contexte, surtout que le festival se passe à quelques mètres de l'endroit où l'attentat a eu lieu. Je comprends que ce ne soit pas possible de faire la fête à cet endroit-là", a-t-il dit vendredi à l'AFP avant de se produire vendredi soir aux Francofolies.

Pour autant, "il ne faut pas baisser les bras, ne pas abandonner", dit-il. "Je comprends que ce ne soit pas envisageable pour beaucoup de gens. (Mais) nous les artistes, c'est notre rôle d'essayer d'alléger un peu tout ça. Quand tout se passe bien, notre rôle est de rappeler que la nostalgie et le drame nous guettent, et quand à l'inverse ça va très mal, de dire eh, allégez vos cœurs..."

"Malgré moi, ma musique prend une signification qui m'échappe complètement", ajoute-t-il, sur son œuvre à la croisée d'influences multiples. "Mes origines arabes et ma vie en tant que Français, européen et occidental mélangés ensemble produisent une musique qui me ressemble. C'est une preuve, en toute humilité, que la culture arabe et la culture occidentale peuvent tout à fait cohabiter, au moins artistiquement."

Irina Brook : "Ce n'est pas en sécurisant davantage que ça va s'arranger"

"Peut-on continuer à dire +c'est affreux+ sans chercher les racines de cette tragédie omniprésente ?", demande la franco-britannique Irina Brook, en ce moment à Avignon. "Et ce n'est pas en sécurisant davantage que ça va s'arranger. Nice est déjà une ville très sécurisée !"

"Faut-il fermer le théâtre et aller vivre sous une tente à la campagne ? Ou se battre, continuer, comme après +Charlie+, à dire +non non non+ ? Il faudrait que ce ne soit ni l'un ni l'autre: il faudrait vivre dans un monde où les politiques s'intéressent à l'humain, et pas à l'argent. Il faudrait quelqu'un comme Gandhi."

Il faudrait une réforme de l'éducation axée sur "l'humanité, le cœur, l'esprit"

Le théâtre s'intéresse au monde actuel, rappelle-t-elle à l'AFP. Mais "quand il y a des drames aussi énormes, tout ce qu'on peut dire sur la culture et +le théâtre qui sauve le monde+ paraît dérisoire". Pour elle, le changement en France devrait passer par une réforme de l'éducation, axée sur "l'humanité, le coeur, l'esprit", "nourrissant les petits, qui ont besoin de héros, d'aspirations".

Mais aussi "les dirigeants de ce monde doivent se réunir et réfléchir, avec les grands penseurs et maîtres spirituels, à +comment faire pour que le monde continue ?+ Car ils ne font littéralement rien pour faire avancer le monde, et tout pour le détruire".

"Que ce soit de gauche ou de droite, il n'y a plus personne qui œuvre pour nous, le peuple ! Il est temps qu'ils se réveillent, sinon j'espère que le peuple va se révolter."