Tunisie : le patron de la chaîne des Guignols s'est rendu à la justice

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/08/2012 à 14H45
Sami Fehri, le patron d'Ettounsiya TV, s'est rendu au procureur général pour être incarcéré.

Sami Fehri, le patron d'Ettounsiya TV, s'est rendu au procureur général pour être incarcéré.

© KHALIL / AFP

Le patron d'Ettounsiya TV, qui diffusait une émission satirique politique controversée, s'est rendu jeudi au procureur général pour être incarcéré, a indiqué son avocate, se conformant ainsi à un mandat d'arrêt émis la semaine dernière.

Sami Fehri "vient de se rendre au procureur général", a indiqué à l'AFP Me Sonia Dahmani, précisant ensuite que son client a été incarcéré dans la prison de Mornaguia (30 km à l'ouest de Tunis).

"Je constate que mon client a été jeté en prison sans que la défense n'ait eu connaissance du dossier ni de la requête de la chambre d'accusation", a dit de son côté Me Abdelaziz Essid qui a indiqué avoir déposé un pourvoi en cassation. "Si notre pourvoi est accepté mon client pourrait être libéré", a-t-il affirmé, précisant que l'affaire qui concerne une dizaine de co-accusés est traitée actuellement au seul plan de la procédure.

La justice tunisienne avait ordonné le 24 août le placement en détention de M. Fehri dans une affaire de corruption remontant à l'époque du président déchu Ben Ali.

L'intéressé, qui risque dix ans de prison, affirme que cette décision a été prise en représailles à la diffusion d'une émission satirique politique de Guignols par sa chaîne Ettounsiya TV et qui a, selon lui, été retirée des ondes "sous pression" du gouvernement dirigé par les islamistes du parti Ennahda.

Les autorités affirment vouloir "assainir" le secteur des complices du régime déchu, à l'instar de M. Fehri, un associé de Belhassen Trabelsi, beau-frère de Ben Ali et homme d'affaires en fuite au Canada.

Sami Fehri dénonce une attaque contre la liberté d'expression

La société civile note que les déboires judiciaires du patron d'Ettounsiya coïncident avec l'arrêt de son émission "La logique politique" qui tournait en dérision les dirigeants du pays et du parti Ennahda, équivalent des "Guignols de l’info" français.

Dans une déclaration vidéo diffusée dans la nuit de mercredi à jeudi par sa chaîne, M. Fehri avait indiqué qu'il allait se rendre, dénonçant des poursuites illégales et une attaque contre la liberté d'expression.

"La liberté d'expression dans laquelle nous vivons depuis le 14 janvier (2011, date de la fuite de Ben Ali) est menacée", a déclaré Sami Fehri, qui, sous le régime déchu, s'était fait un nom en produisant des émissions de divertissement à grand succès.