Une fresque provocatrice de Combo déchaîne les slogans racistes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/06/2015 à 20H08
La fresque de Combo "Jeanne de Panam" dans le quartier Oberkampf à Paris 11e - Juin 2015

La fresque de Combo "Jeanne de Panam" dans le quartier Oberkampf à Paris 11e - Juin 2015

© Citizenside/Anthony Deperraz / AFP

Samedi dernier (13 juin), le street artist Combo a terminé une fresque sur un mur du 11e arrondissement de Paris, situé entre les rues Oberkampf et Saint-Maur. Cette oeuvre provocatrice, prévue pour être éphémère, a été recouverte de plusieurs tags extrémistes depuis une semaine et suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Cette "Jeanne de Panam" (le nom qu'a donné Combo à son oeuvre) fait tout pour interpeller le passant. On peut y voir une Jeanne d'Arc casquée et combattante portant sur l'épaule un drapeau rouge "Liberté, égalité, humanité". A côté d'elle, Combo a écrit le slogan d'extrême droite "La France aux Français", qu'il a rayé, écrivant en dessous: "Les Françaises aux Africains". Une manière, dit-il, de "déconstruire le slogan du Front national".


Réactions virulentes

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Lundi, des hommes, selon les employés du café voisin, sont arrivés avec un seau de peinture grise pour recouvrir en partie les mots "Les Françaises aux Africains".
   
Le Lendemain, Electre, une actrice porno "patriote", se filmait en train de taguer l'oeuvre. Dans le film mis en ligne sur YouTube, on la voit réécrire le slogan "La France aux Français" et y ajouter "collabos" et un slogan contre le racisme anti-Blancs.

Puis jeudi, c'est un slogan raciste anti-Noirs qui était peint en orange au milieu de l'oeuvre.

Le collectif "Culture, libertés et créations", créé par le Front national, a pour sa part jugé la fresque "aussi raciste que sexiste, laissant penser que
les Françaises doivent s'offrir à tous les immigrés clandestins".


Combo voulait faire réagir l'extrême droite

"Le but était de faire réagir les gens d'extrême droite et ça n'a pas manqué", a expliqué Combo. "Si ces militants m'avaient ignoré, ils auraient été plus intelligents que moi, mais ils sont tombés dans le panneau." Dans Metro, il nie toute accusation de misogynie ou de racisme. "Evidemment que je ne pense pas ça ! J’ai utilisé cette phrase absurde, prise à l’envers, pour montrer la même absurdité de ce slogan nationaliste et démonter le mécanisme de ces gens-là."
   
Combo est connu pour les affiches "Coexist" mêlant le croissant musulman, une étoile de David et une croix chrétienne, qui ont fleuri dans Paris après les attentats de janvier. Une des ces affiches lui avait valu de se faire agresser dans la rue. 

Pour Bob Jeudy, président de l'association le M.U.R. qui gère ce mur avec l'appui d'une subvention annuelle de la mairie de Paris de 17.000 euros, "Combo a voulu provoquer avec un message ambigu et ça a marché". "Je ne suis ni pour ni contre", a-t-il ajouté.

Ni l'artiste, qui fait l'objet de nombreuses insultes sur les réseaux sociaux depuis qu'il a peint sa fresque, ni l'association n'ont l'intention de porter plainte. L'oeuvre de Combo doit être remplacée par la fresque d'un autre artiste, à partir du vendredi 26 juin, comme prévu initialement.

Combo pour sa part risque de refaire parler de lui : après avoir travaillé sur les religions musulmane et juive, il dit préparer une oeuvre en rapport avec la chrétienté.