Transfert#6 : 30 graffeurs investissent un bâtiment au coeur de Bordeaux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 16/07/2016 à 18H06
Une vue de l'expo Transfert#6 dans l'ancien Virgin Megastore de Bordeaux, le 4 juillet 2016.

Une vue de l'expo Transfert#6 dans l'ancien Virgin Megastore de Bordeaux, le 4 juillet 2016.

© Georges Gobet / AFP

Le collectif Transfert, constitué de 30 graffeurs et plasticiens, a fait de l'ancien magasin Virgin Megastore de Bordeaux sont nouveau terrain de jeux pour l'été. Amateurs de lieux en mutation, les artistes ont redécoré provisoirement les quatre étages de ce lieu situé au cente-ville promis à de gros travaux de réhabilitation. Une exposition éphémère à visiter jusqu'au 25 septembre.

5.000 m2 saturés d'oeuvres "du sol au plafond"

Depuis la fermeture brutale du Virgin Megastore, le bâtiment de la place Gambetta était inoccupé. Il a été vendu récemment pour être transformé en hôtel de luxe. Un entre-deux dont s'est saisi le collectif bordelais Transfert, qui s'est spécialisé depuis 5 ans dans l'investissement de lieux en mutation, et regroupe des graffeurs mais aussi des plasticiens, sculpteurs, illustrateurs etc.

Au total, 5.000 mètres carrés "du sol au plafond" ont été livrés à leur imagination. "Une invasion de peinture dans tous les sens avec une circulation libre pour le public", résume Repaze, graffeur de 38 ans installé à Bordeaux et chargé de la scénographie.
 
Pour cette sixième exposition intitulée "Transfert#6", le visiteur pénètre par le rez-de-chaussée volontairement "laissé en l'état" avec notamment des restes de gravats "pour montrer nos racines, les terrains abandonnés pas toujours très propres", explique le graffeur.
 
Suivent les étages circulaires qui déroulent une succession d'oeuvres créées in situ par une trentaine d'artistes français ou étrangers (Italie, Brésil, Espagne, Colombie) venus travailler sur place "entre une et deux semaines".

Transfert#6 à Bordeaux : une exposition visiblement ambitieuse.

Transfert#6 à Bordeaux : une exposition visiblement ambitieuse.

© Georges Gobet / AFP

 

Les artistes invités à multiplier les techniques

On remarque notamment les créatures colorées et totémiques de Bault, les éléments urbains miniaturisés de Landroïd ou encore l'oeuvre en relief de Zest, figure reconnue de la scène graffiti française, qui travaille sur la strate, comme "un écho au recouvrement et à l'accumulation, fondamentaux du graffiti".

Plutôt habitués au muralisme, les artistes étaient invités à créer une oeuvre "en trois dimensions", ce qui met en lumière l'éventail de leur compétences: le graffiti et toutes ses techniques, bien sûr, mais aussi l'illustration, le graphisme, la photographie, la sculpture, l'installation, etc.

Au-delà du travail esthétique, la plupart des oeuvres s'attachent aussi à faire passer des messages: Odeg invite le spectateur à pédaler pour faire baisser la lumière sur son installation et non l'inverse; Disketer, membre du collectif des "Parpaintres", flanque des dizaines de reproductions miniatures de vitrines bordelaises d'un grand "J'abîme" en référence à la perception des graffeurs par le public...

Les trains et la SNCF, liés à l'histoire du graffiti, reviennent dans les créations de Mioter et des Lillois CapDorigine et 4Letters. Tandis que le désastre social de la fin des magasins Virgin a inspiré le Bordelais Rooble pour son installation "Like a virgin", qui met en écho une "pop qui a mal vieilli" avec les visages recomposés de Madonna et de Richard Branson, l'ex-patron de la chaîne commerciale...

Teaser de l'exposition par le collectif Transfert

Ramener le graff au coeur de Bordeaux

"Le graff est sorti du centre-ville à Bordeaux depuis l'arrivée du tramway et la transformation du centre", relève l'artiste, membre fondateur de Transfert. "C'est un clin d'oeil de le ramener ici. Pour les graffeurs , c'est comme arriver dans un terrain vague en plein centre-ville", sourit-il.

L'entrée de cette exposition pas comme les autres est gratuite. Une volonté des organisateurs qui souhaitent ainsi "faire de la vulgarisation" vis-à-vis d'une forme d'art "populaire, mais pas toujours à destination des gens..." Autre particularité, toutes les oeuvres ont nécessairement une durée de vie limitée. "C'est ce qui fait la beauté de cette exposition, où se noue la rencontre entre les artistes et le lieu", explique Rooble.

A l'exposition Transfert#6 de Bordeaux en Juillet 2016.

A l'exposition Transfert#6 de Bordeaux en Juillet 2016.

© Georges Gobet / AFP

60.000 visiteurs attendus cet été

Déjà, en 2015, le collectif Transfert avait fait un coup de maître en investissant le bâtiment historique de l'ancien commissariat de la ville, avant sa transformation en logements. Résultat: plus de 40.000 visiteurs en trois mois !

Pour cette nouvelle édition qui se tient jusqu'au 25 septembre, 60.000 visiteurs sont attendus. Outre la galerie, sont également prévus des ateliers, workshops, dj sets et after works (les jeudis et vendredis).