Le graffeur Kalouf, comme un poisson dans l'eau sur un mur de Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/05/2017 à 15H08, publié le 24/05/2017 à 11H29
Le graffeur Kalouf termine sa fresque de 120 m² sur un mur de la Croix Rousse.

Le graffeur Kalouf termine sa fresque de 120 m² sur un mur de la Croix Rousse.

© Mur 69 / Véronique Vilmant

Les initiatives se multiplient, les surfaces s’élargissent… Si le Mur d’Orléans est un des derniers murs de graff "légal" à avoir vu le jour, Lyon n’est pas laissé pour compte. Grâce à une collaboration étroite entre la ville et l’association Mur 69, des artistes sont invités à donner une nouvelle fraîcheur aux murs de la capitale des Gaules.

C’est à la Croix Rousse que l’on retrouve le graffeur Kalouf et son "combattant géant". Sur quelques 120m², l’artiste a donné vie à un immense poisson turquoise, à l’occasion de la deuxième édition du "Mur de la place des Tapis". En neuf jours à peine, Kalouf a réalisé son "combattant du Siam" selon la seule recommandation de l’association Mur 69 : évoquer l’écologie. Son poisson, gracieux et dont les nageoires vaporeuses séduisent immédiatement les passants, porte par essence un message de prévention comme l’explique Kalouf : "Il mène depuis toujours un véritable combat sans relâche pour protéger son territoire. Ce poisson donne une dimension engagée et ouverte qui sous-entend un combat d’hier, d’aujourd’hui et de demain, sur ce territoire essentiel à toute vie sur notre planète, l’eau. […] Et l’écologie est un combat, […] je trouve qu’il y avait des passerelles intéressantes."

Reportage : France 3 Grand Lyon - Y. Marie / P. Perrel / D. Dumas
D’origine gabonaise, Kalouf a dès les années 90 adopté la bombe et le feutre pour s’exprimer. Très vite, il passe de l’un à l’autre pour proposer un travail inspiré et inspirant. Marqué par ses premières années au Gabon, les peuples premiers reviennent comme un leitmotiv qui lui permet de dénoncer les sociétés modernes, consommatrices et destructrices. Engagé, mais aussi lyrique et mystérieux lorsqu’il retranscrit son attirance pour les comics, Kalouf est un artiste aux mille facettes, dont le travail fascine autant qu’il incite à réfléchir. Séduit par le projet de Mur 69, c’est flatté et déterminé qu’il a accepté cette noble invitation qui tend à répandre la street culture.
Sans titre, aérosol sur sur, Niort, 2012

Sans titre, aérosol sur sur, Niort, 2012

© Kalouf
Née il y a trois/quatre ans, l’association Mur 69 est une idée de Noé Babolat. Elle-même muraliste (elle peint des fresques ornementales sur des murs) et passionnée de street art, c’est en découvrant l’initiative parisienne, le Mur d’Oberkampf, que Noé Babolat décide de mettre en place un projet similaire à Lyon. Promouvoir l’art urbain et montrer que le graffiti a sa place dans la culture, les objectifs de Mur 69 sont clairs et ambitieux.
La première fresque de la Place des Tapis, réalisée en 2016 par Cart'1, Pec, Sun7, Don Mateo et Le Môme.

La première fresque de la Place des Tapis, réalisée en 2016 par Cart'1, Pec, Sun7, Don Mateo et Le Môme.

© Mur 69 / Véronique Vilmant
En se promenant à la Croix Rousse, Noé Babolat a trouvé le mur de la place des Tapis. Avec l’aide la mairie du IVe arrondissement, elle a pu contacter le propriétaire dudit mur, et quelques trois années de négociations plus tard, le projet de la première fresque a enfin vu le jour. Le contrat est signé pour quatre ans, au cours desquels les artistes se succèderont pour recouvrir les précédentes fresques.
La fresque de Kalouf presque achevée, à retrouver Place des Tapis à la Croix Rousse, à Lyon.

La fresque de Kalouf presque achevée, à retrouver Place des Tapis à la Croix Rousse, à Lyon.

© Mur 69 / Véronique Vilmant
L’association se charge de tout organiser pour l’artiste invité. Grâce aux adhérents et aux commerçants du quartier, Mur 69, qui ne reçoit aucune subvention de la ville, permet à l’artiste de s’exprimer confortablement et surtout librement. Car c’est un des grands principes de l’association, l’indépendance.

Auto-financé, Mur 69 tient à ce que les artistes conviés puissent s’exprimer avec les matières qu’ils affectionnent, et sur les thèmes qu’ils souhaitent évoquer. Véronique Vilmant est secrétaire de l’association Mur 69. Si d’ordinaire c’est plutôt Noé Babolat qui se charge de trouver les murs, elle n’hésite pas à interpeler les propriétaires directement : "On est en recherche de murs. D’ailleurs les propriétaires, vous pouvez nous contacter, on trouvera toujours de très beaux artistes en fonction des besoins et de la taille du mur."
Le combattant de Siam de Kalouf, sur le mur de la place des Tapis, à Lyon.

Le combattant de Siam de Kalouf, sur le mur de la place des Tapis, à Lyon.

© France 3 / Culturebox

Des projets qui se multiplient

Mur 69 veut promouvoir le street art le plus largement possible. C’est pour cette raison qu’aucune limite géographique n’est véritablement imposée. Récemment contactée par une clinique lyonnaise, l’association a fait appel à plusieurs artistes pour repeindre la salle d’attente du service pédiatrique. Des projets comme celui-ci motivent Mur 69 qui en décembre 2015 avait déjà organisé un événement collaboratif où une trentaine d’artistes s’étaient emparé de friches pour s’exprimer après les attentats qui ont touché Paris en novembre 2015.
La fresque Liberté, réalisée en décembre 2015, en hommage aux victimes des attentats de Paris de novembre 2015.

La fresque Liberté, réalisée en décembre 2015, en hommage aux victimes des attentats de Paris de novembre 2015.

© Mur 69 / Véronique Vilmant
Pour fêter la nouvelle fresque, l’association propose aux curieux et à tous les habitants du quartier de se retrouver non loin de la fresque, pour qu’ils puissent à leur tour peindre sur un panneau récemment négocié par Mur 69. L’occasion de s’essayer au graff, mais aussi de rencontrer Kalouf ainsi que les membres de l’association Mur 69. Embellir la ville, promouvoir l’art urbain, mais aussi fédérer au sein des quartiers, Mur 69 se mobilise sur tous les fronts !