Lisbonne : les trottoirs en mosaïques menacés par la crise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/06/2013 à 09H36
Copacabana ? Non ! Lisbonne, place Dom Pedro IV (Rossio Square), en avril 2012

Copacabana ? Non ! Lisbonne, place Dom Pedro IV (Rossio Square), en avril 2012

© Lorenzo de Simone / Tips / Photononstop / AFP

Ondes, arabesques, motifs géométriques... Les trottoirs de Lisbonne sont pavés de mosaïques, pures oeuvres d'art désormais en péril, dans un pays sous assistance financière et en proie aux restrictions budgétaires.

L'austérité compromet l'avenir de ces métiers d'artisans et artistes qui entretiennent ce qui constitue à la fois le patrimoine et l'image de marque de la capitale portugaise. Au premier rang des professions en danger, les ouvriers de la "brigade des paveurs" de la mairie de Lisbonne, que l'AFP est allée rencontrer.

Depuis 26 ans, Jorge Duarte, paveur d'une cinquantaine d'année, peau hâlée par le labeur au soleil, répète sur son petit tabouret en bois le même geste, ultra précis, à longueur de journée. Marteau à la main, il taille des petits cubes de calcaire blanc et de basalte noir pour combler les trous des trottoirs de l'avenue de la Liberdade, la prestigieuse artère du centre de la capitale. Il fait partie de la vingtaine d'ouvriers de "la brigade de paveurs" de la mairie de Lisbonne, souvent appelés les "orfèvres du sol lisboète", chargés de l'entretien de plusieurs kilomètres de trottoirs ou de chaussées.

"Quand je suis arrivé, nous étions des dizaines de paveurs. Aujourd'hui, nous ne sommes plus qu'une vingtaine. Et plus très jeunes", déplore-t-il auprès de l'AFP.
Lisbonne, le Monument des Découvertes, mai 2012

Lisbonne, le Monument des Découvertes, mai 2012

© Calle Montes / Photononstop / AFP
Un hommage à l'âge d'or des découvertes portugaises
Au même titre que le fado, les azulejos ou le vin de Porto, la "calçada portuguesa" (chaussée à la portugaise) s'est imposée comme un symbole culturel. Ces trottoirs traditionnels, dont les motifs évoquent souvent l'âge d'or des découvertes portugaises, se sont développés au XIXe siècle. Les motifs tout en mosaïque de pavés font souvent allusion à la mer.

Le château Saint-Georges, perché sur l'une des collines de la ville, est le premier lieu à avoir été pavé selon cette technique dont le succès à été tel qu'elle s'est rapidement étendue à d'autres quartiers, puis d'autres villes du pays et de l'ancien empire colonial : Afrique, Asie, Amérique du Sud.

Près de deux siècles plus tard, les mesures d'économies que le Portugal est contraint de mettre en oeuvre depuis deux ans par ses créanciers internationaux en échange d'une aide financière, risquent d'affecter les budgets destinés à l'entretien de ces "tapis en pierre" qui couvrent les trottoirs de la ville.

"Notre zone d'intervention est de plus en plus vaste au fur et à mesure que la ville s'agrandit", souligne Jorge Duarte. "On ne peut plus tout faire !" Du coup, les trottoirs, hors des circuits touristiques, sont souvent pavés à la va-vite avec de simples pierres blanches, sans motifs. "Un regard attentif remarque que c'est du travail bâclé !", fulmine l'ouvrier paveur.

"Au moment de prendre ma retraite, je rêve de pouvoir dire à mes collègues, à ma fille: tu vois ces hommes là-bas, c'est moi qui les ai formés et ce sont eux qui vont me remplacer. Mais il n'y a plus personne... Si rien ne change, tout cela risque de disparaître."

"La tendance est de réduire la chaussée artistique"
De son côté, la mairie confirme devoir faire des choix en raison des coûts. "La tendance est de réduire la chaussée artistique", concède auprès de l'AFP Luisa Dornellas, une des responsables de la mairie, car l'entretien de ces trottoirs "coûte très cher à la municipalité". Le mètre carré de chaussée artistique s'élève à environ 90 euros.

Pour autant, Luisa Dornellas promet que la municipalité va continuer d'investir dans l'entretien de ces trottoirs, qui sont l'une des grandes attractions de la ville, et précise qu'une nouvelle formation de paveurs est prévue prochainement. Cependant, "on peine à recruter", indique Nuno Serra, responsable de l'école de paveurs et jardinage de Lisbonne, car "le métier n'est pas très attractif". Et pour cause : "C'est une profession pénible, où il faut être assis ou à genoux toute la journée, qui manque souvent de reconnaissance sociale, avec des salaires très bas", qui dépassent à peine les 700 euros net par mois, confie-t-il.

Menacé au Portugal, cet art unique se perpétue toutefois dans d'autres villes à travers le monde, dont l'histoire a été marquée par la culture portugaise. Du Brésil (où l'on retrouve un célèbre motif ondulé lisboète à Rio, sur le front de mer de Copacabana) au Cap-Vert ou du Timor oriental au Canada, où réside une importante communauté portugaise, des chaussées artistiques, conçues selon la technique lisboète, ornent des villes des quatre coins du monde.

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