Les murs hauts en couleur de Vitry, capitale du street art

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/08/2013 à 16H23
Une fresque murale de C215 à Vitry-sur -Seine (Val-de-Marne)

Une fresque murale de C215 à Vitry-sur -Seine (Val-de-Marne)

© BERTRAND LANGLOIS / AFP

Ville de béton et de pavillons, Vitry-sur-Seine est devenue en quelques années une des capitales mondiales du street art, vitrine des artistes et rendez-vous incontournable des amoureux de ce mouvement urbain qui a transformé les rues de cette commune du Val-de-Marne en galerie à ciel ouvert.

Du pochoir au graffiti, de l'affiche à l'autocollant apposé "à la vandale", de la fresque monumentale aux boîtes à lettres peintes d'où surgissent les visages éthérés, familiers et intimes de l'artiste C215, Vitry-sur-Seine offre une incroyable diversité d'oeuvres réalisées par des artistes venus des quatre coins de la planète.
Venus du Brésil, d'Australie, d'Argentine, du Canada, d'Italie, d'Angleterre, d'Autriche, des Etats-Unis et bien sûr de France, combien sont-ils à avoir oeuvré dans cette commune située à un jet de RER de Paris, autrefois industrieuse et dont l'urbanisme est fortement marqué par l'habitat social.
"Il y a pas loin d'une centaine d'artistes qui sont intervenus sur Vitry", avance la photographe Nath Oxygène (un pseudonyme, ndlr). "Il y a Berlin, Paris, Londres, Barcelone et Vitry... C'est devenu la Mecque".
"Vitry ? Un des seuls endroits où il y a des fresques partout. C'est incontournable", témoigne Dan 23, artiste strasbourgeois, connu notamment pour habiller les murs de ses portraits d'une grande beauté formelle.
Sculpture de l'artiste espagnol Jaume Plensa, "Désir-Rêve", à Vitry-sur-Seine (Val de Marne)

Sculpture de l'artiste espagnol Jaume Plensa, "Désir-Rêve", à Vitry-sur-Seine (Val de Marne)

© BERTRAND LANGLOIS / AFP
Si le gros de la "production" suit l'axe entre la gare RER et l'hôtel de ville pour déborder dans les rues adjacentes, le travail des street-artistes s'aventure dans des quartiers plus excentrés, pavillons ou cités.
"Il faut se donner la peine d'aller dans des quartiers où on n'aurait jamais mis les pieds", observe Brigitte Silhol, qui a publié en 2011 avec sa comparse Nath Oxygène et une habitante de Vitry, Juliette Rouly, un riche ouvrage sur le street art à Vitry ("Vitry vit le street art") et s'apprête à récidiver à l'automne ("Vitry, ville street art").
"Ca rend la chose plus poétique", commente pour sa part Christian Guémy, alias C215, graffeur et pochoiriste mondialement reconnu, Vitriot d'adoption, il fut à l'origine de l'explosion du street art dans la ville lorsqu'il s'y implanta au pivot des années 2008 et 2009.
Diaporama/entretien de C215, artiste Street Art
La bienveillance des autorités, notamment la mairie et les bailleurs sociaux, participe de ce carrefour du street art, dans une commune où l'art a pris ses quartiers depuis 
des décennies grâce à une politique culturelle volontariste et généreuse, symbolisée par le Mac Val, premier musée d'art contemporain à avoir ouvert ses portes en banlieue, en 2005.
"Il y a une présence de l'art dans la ville, jamais rien n'est là par hasard", commente Bruno David, directeur du service culture et M. street art à Vitry. "La ville a un rôle de bienveillance mais n'a pas de politique culturelle sur le street art", ajoute-t-il. "C'est un mouvement qui par essence, est éphémère et en dehors des institutions."
Ephémère, "cet art de la rue", selon C215, n'en a pas moins créé un tourisme photographique qui permet à ces oeuvres, dont la poésie se niche dans la précarité, de trouver sur internet une forme de postérité et un écho qui dépasse très largement les 11,64 km2 de Vitry.