Les collages géants de Julien de Casabianca sur les murs de Bordeaux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/06/2016 à 11H36
Un des collages géants de Julien de Casabianca à Bordeaux (17 juin 2016)

Un des collages géants de Julien de Casabianca à Bordeaux (17 juin 2016)

© Mehdi Fedouach / AFP

Après Bruxelles, Genève, Hong Kong et La Nouvelle-Orléans, Julien de Casabianca invente à Bordeaux une nouvelle forme de "street art", sortant trois figures du Musée des Beaux-Arts dont il livre à la rue les silhouettes géantes.

Devant les façades décrépies de l'ancien commissariat central, le passant étonné s'arrête net et s'attarde sur les collages monumentaux des trois modèles échappés de leurs toiles.
 
Casabianca a choisi la "femme accroupie" de Georges Dorignac (1879-1925), le "vieux carrier" d'Alfred Roll (1846-1919) et l'un des fameux "héritiers" de Jean-Eugène Buland (1852-1926), trois œuvres du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
 
Leurs immenses portraits en pied s'étalent, dans des proportions gigantesques pouvant atteindre jusqu'à 150 m2, sur la pierre noircie de l'îlot Castéja. Cette friche, en cours de réhabilitation, a été mise à disposition par le bailleur social Gironde Habitat.
 
La principale bâtisse, édifiée en 1862 pour abriter l'Institut national des jeunes filles sourdes, devient après guerre le siège de la police judiciaire (PJ) bordelaise. "C'est un lieu très inspirant où tout renvoie à un passé lourd, les cellules dans le sous-sol, les salles d'interrogatoire et les fantômes",  s'amuse Julien de Casabianca.

Avant tout un photographe

Ce nouveau maître français de "l'art dans la rue" se dit "avant tout photographe". Son projet "Outings" ("sorties"), lui a été inspiré par une déambulation au Louvre, en 2014, raconte-t-il à l'AFP. Le portrait oublié de "Mademoiselle Rivière", signé Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), échappe au regard de la plupart des visiteurs mais accroche celui de Casabianca. La frêle adolescente et son boa d'hermine inspirent au photographe "une espèce de pulsion. Alors comme un prince charmant, j'ai eu  envie de libérer ma princesse. Au départ, je l'ai fait de manière ludique et c'est en le faisant que j'ai découvert la force du geste", dit-il.
 
Au fil de ses collages urbains, en grands, voire très grands formats, la technique de Casabianca ne varie pas. Le sujet est d'abord photographié avec un téléphone portable dans son cadre d'origine, au musée, puis magnifié en très grand format sur du simple papier d'impression (90g/m2) et collé par l'artiste lui-même sur la pierre ou le béton des friches urbaines.
 
Les conservateurs de musée collaborent sans rechigner à cette nouvelle  forme d'art collaboratif et urbain. Casabianca "ne leur emprunte pas les  oeuvres, insiste-t-il, mais les restitue tout simplement au domaine public parce qu'elles appartiennent à tout le monde".

Il fait sa cueillette où l'art s'expose

De Jacksonville (Floride) à Barcelone, l'ancien journaliste "fait sa cueillette, partout où l'art s'expose". "J'aime bien cette idée de cueillette", à la recherche des modèles antiques, médiévaux, baroques ou classiques, dit-il  encore.
 
Mais la machine à remonter le temps a ses limites et s'arrête aux années  50 : "Un collage trop contemporain deviendrait un graffiti" et perdrait alors tout son sens.
 
Casabianca "colle généralement dans des quartiers populaires", mais jamais sans l'accord des riverains : "Si je colle en vandale, les gens demandent  toujours des explications."
 
Alors l'artiste préfère expliquer avant d'intervenir. Comme récemment à La  Nouvelle-Orléans (sud-est des Etats-Unis) où, avant de coller des esclaves sur un mur, il a "d'abord parlé à la voisine d'en face, noire", et sans doute descendante d'esclaves.
 
Paris, Londres, Rome, Belo Horizonte (Brésil) ou encore Asunción (Paraguay) ont elles aussi vu fleurir sur leur murs les collages de Casabianca. Prochainement viendra Montauban, ville natale de son génial inspirateur, où le Musée Ingres lui ouvre tout grand ses portes.