Les "cadenas d'amour", un "morceau de Paris" vendu aux enchères

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/05/2017 à 09H41, publié le 14/05/2017 à 09H32
Les cadenas d'amour sur les ponts parisiens

Les cadenas d'amour sur les ponts parisiens

© Gilles Targat / Photo12

Plusieurs centaines d'amoureux de la capitale ont participé samedi à Paris à la vente aux enchères des "cadenas d'amour" des ponts de Paris, une vente "solidaire" au bénéfice des migrants. Des centaines de milliers de ces cadenas étaient accrochés aux grilles des ponts de Paris, engendrant des problèmes de sécurité et dégradant le patrimoine, avant leur enlèvement.

"Il n'y a pas de montage, il est d'origine, c'est une tour Eiffel accrochée au cadenas!" lance Olivier Collin du Bocage, le commissaire-priseur qui dirigeait la vente de 165 lots de ces cadenas, gages de fidélité que des amoureux avaient accrochés en y inscrivant leurs prénoms. La vente a totalisé 250.000 euros après quatre heures d'enchères pour lesquelles quelques centaines de personnes s'étaient déplacées, par roulement, au Crédit Municipal de Paris.

150 "grappes" et 15 morceaux de grilles du Pont des Arts recouvertes de cadenas étaient proposées aux amateurs comme Francy Blackwood qui avait "il y a six ans, accroché un cadenas" et voulait ramener "un morceau de Paris" à San Francisco.

Très médiatisées, ces enchères étaient suivies en ligne sur le site Interenchères et au téléphone par "400 inscrits", avait dit le commissaire-priseur à la presse avant l'événement. "Il y a beaucoup, beaucoup d'Américains. Ce sont des grands amoureux de Paris mais il y a aussi des Italiens, des Brésiliens, des Asiatiques de Taïwan, Corée, Chine, Japon." 

Une oeuvre collective

Gaëlle Salaün, de Paris, a acheté 520 euros un lot "parce qu'il y avait un nom en espagnol dessus". "Cela m'a plu. Et c'est aussi ma participation à l'action pour les réfugiés". Jérôme Mellerio et son épouse ont acheté quatre "grappes" : "Que la vente aille au milieu associatif nous a touchés", dit-il, "et les cadenas sont mis en valeur". James Velaise, de Paris, a acheté 11.000 euros une grille du Pont des Arts qui finira "dans le jardin d'une ferme de l'Aveyron. Ca a survécu en plein air à Paris, ça survivra là-bas", sourit le collectionneur d'art qui aime cette "oeuvre collective, qui a de l'histoire". 

Une vente en faveur des réfugiés

"Vous avez eu des +Nuances de Grey+", lance le commissaire-priseur, "vous avez maintenant +L'Amour Enchaîné+. 650 euros, 700, vous pouvez faire un don supplémentaire, c'est pour Emmaüs! adjugé 800", lance-t-il. Les bénéfices de la vente iront à trois associations mobilisées dans l'accueil et l'accompagnement des réfugiés accueillis par la Ville de Paris: Solipam, l'Armée du Salut et Emmaüs Solidarité. 

Pour dénoncer cet objectif, une dizaine de militants d'extrême droite se sont introduits dans la salle pendant la vente. "Génération Identitaire ! L'argent aux Parisiens, pas aux clandestins!" ont-ils scandé pendant quelques minutes en déployant une banderole portant le même slogan, avant d'être évacués.

"La balançoire", "Sur un Air de Paris", "Sur les pavés de Paris", "From Paris with Love", noms donnés aux lots rassemblés par couleurs ou par formes, sur des socles en pavé, en bois ou plexiglas, partent à des centaines d'euros, souvent proches du millier. "C'est formidable, c'est beaucoup d'humanité", se félicite Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité. L'association consacrera sa part à la construction d'aires de jeux pour enfants au centre d'accueil qu'elle gère à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Des centaines de milliers de ces cadenas étaient accrochés aux grilles des ponts de Paris, engendrant des problèmes de sécurité et dégradant le patrimoine, avant leur enlèvement. La mairie de Paris a décidé d'en vendre une petite partie, pour cette seule et unique occasion.