Les "cadenas d'amour" du Pont des Arts c'est fini

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/05/2015 à 17H01
Un couple accroche un cadenas d'amour sur le Pont des Arts à Paris. Un geste impossible à partir du 1er juin 2015.

Un couple accroche un cadenas d'amour sur le Pont des Arts à Paris. Un geste impossible à partir du 1er juin 2015.

© Charly Triballeau / AFP

Un cadenas d'amour est-il gage de sentiments durables ? Pas sûr. Pourtant, tous les couples qui ont cru sceller leur amour en accrochant un cadenas sur le Pont des Arts à Paris ont le blues. Dès lundi, tous les "cadenas d'amour" vont être retirés du pont, pour laisser la place d'ici l'automne à des panneaux vitrés. La sécurité de l'ouvrage en dépend.

 

Reportage : C. Pelé ; C. Zagaroli ; G. Potet

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"C'est un peu idiot et dommage", regrette Jean, 57 ans, qui déambule bras dessus bras dessous sur la passerelle avec Marion, 42 ans, sa "compagne illégitime". "C'est tout un symbole de déposer un cadenas pour sceller son amour sur ce pont, ici à Paris, la ville des amoureux", croit ce touriste marseillais.

Le Pont des Arts, qui enjambe la Seine et offre une des plus belles vues de la capitale, est connu du monde entier pour ses milliers de "cadenas d'amour" que les couples viennent fixer le long du parapet, avant de jeter la clé dans le fleuve.

De l'Europe de l'Ouest à la Chine, en passant par la Russie, les "cadenas d'amour" ont essaimé un peu partout au grand dam des pouvoirs publics qui doivent gérer le patrimoine. Un engouement que peinent à comprendre Alexandra et Gautier, 26 ans tous les deux, préférant "faire des voyages assez souvent, se montrer (leur) amour tous les jours" et faire des selfies plutôt que de déposer un cadenas sur un pont certes mythique mais déjà endommagé.

"C'est pas ça qui fera durer notre couple pour l'éternité", disent-ils avant d'ironiser à propos de ceux qui s'y adonnent autour d'eux: "Si les cadenas sont retirés la semaine prochaine, ça ne servira à rien d'en mettre un maintenant", plaisante Gautier.

Le Pont des Arts à Paris le 5 mai 2015,  avant le retrait des "cadenas d'amour".

Le Pont des Arts à Paris le 5 mai 2015,  avant le retrait des "cadenas d'amour".

© Manuel Cohen / AFP


45 tonnes de cadenas vont être retirés

"Dégradation du patrimoine, risque pour la sécurité des visiteurs": la mairie de Paris a décidé de prendre le taureau par les cornes : l'an passé, une partie du grillage de la passerelle s'était effondrée, sans faire de victime, sous le poids du métal.

"On va retirer près d'un million de cadenas, soit 45 tonnes", explique Bruno Julliard, premier adjoint au maire de Paris, qui déplore "cette laideur". La mairie va dans un premier temps remplacer des grilles et panneaux en bois par des "oeuvres de plusieurs artistes" avant d'installer "des panneaux vitrés" à partir de l'automne, a-t-il précisé.

Pour l'heure, seules quelques affichettes sur les lampadaires du Pont des Arts informent le public de sa fermeture lundi pour une semaine, le temps de procéder à des travaux.

"Il n'y a aucun policier, aucun agent, aucune information qui nous dit que c'est interdit de mettre un cadenas", s'étonne Guillermo, un Argentin de 33 ans, qui s'apprêtait à déposer le sien. "On pourrait ramasser tous les cadenas et les rassembler, en faire une sorte de statue ou de monument", suggère le jeune homme, qui voulait offrir la clé du cadenas à sa nouvelle petite-amie, qu'il "espère épouser".


Le Pont de l'Archevêché visé lui aussi par le dispositif

Pour Vincent Jouaneau, guide qui accompagne deux couples philippins, il est "hors de question de prévenir les groupes". "Les prochains, je les emmènerai sur le Pont Neuf", à quelques dizaines de mètres, déposer leurs cadenas "autour de la statue d'Henri IV", plaisante-t-il.

Un scénario que la mairie de Paris a déjà anticipé: "Nous allons mettre en place un dispositif similaire sur le Pont de l'Archevêché", derrière Notre-Dame, autre endroit ciblé par les couples, prévient Bruno Julliard.

"Nous souhaitons que Paris reste la capitale de l'amour et du romantisme", dit l'élu, annonçant une campagne prochaine de sensibilisation invitant les amoureux à témoigner de leur amour autrement, pourquoi pas en faisant des "selfies".