Le street art prend d'assaut une tour parisienne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 16/09/2013 à 19H19
Un détail de l'oeuvre de l'Italien Yuri Hoppn réalisée dansun appartement de la Tour Paris 13 en 2013.

Un détail de l'oeuvre de l'Italien Yuri Hoppn réalisée dansun appartement de la Tour Paris 13 en 2013.

© Joel Saget / AFP

Un immeuble parisien de 9 étages, vide d'habitants et promis à une démolition prochaine, sert de terrain de jeu depuis plusieurs mois à une centaine d'artistes de street art venus du monde entier. Le fruit de leur travail, un défi artistique aussi fou qu'éphémère, sera visible sur place par le public du 1er au 30 octobre. Puis en 2014 sur vos écrans grâce à un documentaire réalisé par France Ô.

Une centaine d'artiste internationaux
Spécialisée dans le graffiti, la galerie parisienne Itinerrance est à l'origine de ce projet avec le soutien du propriétaire de cet immeuble situé en bord de Seine, quai d'Austerlitz, dans le XIIIe arrondissement. Désertée par ses locataires relogés et prioritaires pour un futur bâtiment flambant neuf, cette tour défraîchie des années 1960 sera entièrement détruite début novembre.
   
Depuis 7 mois, plus de 100 graffeurs de 16 nationalités, venus à leurs frais, ont investi les lieux pour cette carte blanche exceptionnelle, la première à cette échelle en France dans l'univers du Street Art. Mais qui n'est pas sans rappeller celle réalisée cette année dans l'ancien club parisien Les Bains Douches.

Brésiliens, Saoudiens, Tunisiens, Iraniens, Espagnols, Australiens ou Français, les artistes enthousiastes se sont partagés les 36 appartements parfois encore meublés. En tout, une gigantesque toile de 4.500 m2 formée par les murs, les sols et les plafonds, jusque dans les placards.
"Le street-art a beaucoup de choses à dire"
De l'extérieur, rien ne transparaît de cette ruche artistique en dehors d'un immense graffiti orange et noir d'inspiration orientaliste, de vingt mètres de haut sur la façade.
   
"Du 1er au 30 octobre, tous les jours, le public sera invité à découvrir la plus grande exposition collective de Street Art, expérience en totale cohérence avec l'essence même du mouvement. Les visites seront gratuites et il n'y aura rien à vendre", explique Mehdi Ben Cheikh, responsable de la galerie Itinerrance et artisan du projet.
   
Avec le soutien de la mairie du XIIIe et la confiance des bailleurs sociaux, M. Ben Cheikh a créé depuis quelques années un parcours de quinze fresques sur de grands immeubles.
   
"Je passe mon temps le nez en l'air, à repérer de nouveaux murs laids à mettre en beauté!" raconte-t-il à l'AFP. "Quand j'ai appris que cette tour allait être détruite, l'idée de la proposer aux artistes graffeurs m'est apparue comme évidente. Le Street Art a beaucoup de choses à dire, avec une incroyable énergie à la fois créative et politique."
Une oeuvre du Franco-espagnol Antonio Garcia Leon dans la Tour Paris 13.

Une oeuvre du Franco-espagnol Antonio Garcia Leon dans la Tour Paris 13.

© Joel Saget / AFP
   
Les artistes entre rêve et défi
Graffeur breton, Gaël est l'un des 100 artistes sélectionnés au côté de pointures comme Jonone (USA), Vhils (Portugal), C215, Legz, Lek, Sowat, Sambre (France), Speto (Bresil) ou Vexta (Australie). Il a investi l'un des appartements du 5e étage: "Ce projet, c'est un rêve absolu. Je ne m'attendais pas à une telle proposition."
   
"Participer à ce projet international est l'occasion de rencontrer d'autres graffeurs, de montrer nos différences", a estimé Djeda, graffeur saoudien, au 9e étage avec trois autres compatriotes renommés dont Aous et Azooz. Sur le même palier, Alëxone, artiste français, peintre et illustrateur. La tour explose de couleurs à chaque étage.
   
Au 7e étage, El Seed, Franco-Tunisien, "calligraffeur" reconnu qui a peint le minaret de la mosquée de Gabès (Tunisie) avant de collaborer avec Vuitton, a entièrement gravé au burin et à la main le parquet d'une ancienne salle à manger.
   
Le Français Mosko interroge le visiteur à travers un jeu de vieux miroirs récupérés sur place. Au 4e, Gilbert, né au Togo, nourrit ses oeuvres de son propre métissage. Il a recouvert les murs de graffitis à la seule craie. Au même étage, l'artiste français Katre, familier des lettrages colorés, a reproduit un appartement après un bombardement.
   
Dans un autre logement, le Français Cintorino a décidé de marier humour noir et gravité "pour bousculer les certitudes": une pluie de bombes s'abat sur une grande carte de la Syrie en mie de pain.
Oeuvre de l'artiste portugais Samina réalisé dans la Tour Paris 13.

Oeuvre de l'artiste portugais Samina réalisé dans la Tour Paris 13.

© Joel Saget / AFP
Une expérience prolongée en digital et en documentaire
Cette résidence se prolonge avec une expérience virtuelle et digitale. Le site internet , tourparis13.fr, disponible également en version tablette, permettra de voir les artistes créer, à travers photos, vidéos, textes et enregistrements audio. Une bande sonore originale sera également disponible. Ce fonds sera enrichi au fur et à mesure avec les contributions photographiques des internautes.

Le 1er novembre, la « Tour Paris 13 » sera physiquement fermée au public, mais les internautes pourront encore y accéder via le site pendant  10 jours et seront appelés à sauver virtuellement les œuvres de la destruction, clic après clic, pixel après pixel. Le 11e jour, le site remis en ligne n'intégrera que les parties que les internautes auront sauvées. 
   
La chaîne de France Télévisions France Ô a immortalisé dès le début ce bouillonnant processus créatif avec un documentaire qui sera diffusé en 2014, après captation de la destruction de la tour et de ses oeuvres à jamais perdues.
Une oeuvre de l'artiste italien Hogre réalisée dans la Tour Paris 13

Une oeuvre de l'artiste italien Hogre réalisée dans la Tour Paris 13

© Joel Saget / AFP