La fête du street art c'est We Art Urban ce week-end à Lagny-sur-Marne

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/05/2015 à 11H20
Le site de We Art Urban à Lagny-sur-Marne avec la fresque en bleu et noir de Panterio et les spaghettis de Legz au premier plan.

Le site de We Art Urban à Lagny-sur-Marne avec la fresque en bleu et noir de Panterio et les spaghettis de Legz au premier plan.

© Nicolas Gzeley

Depuis début avril, une vingtaine de street artists ont été invités à faire des façades de l'ancien hôpital de Lagny-sur-Marne leur nouveau terrain de jeu. Venus de différents horizons, ils ont eu carte blanche pour s'exprimer. Le résultat, impressionnant, est à découvrir sur place samedi 16 et dimanche 17 mai. Un vrai parcours de santé de street art à savourer avant démolition.

3000 m2 en plein-air

Après les Bains Douches et la Tour 13, deux lieux investis avant démolition par une tripotée de pros du street art, l'hôpital de Lagny-sur-Marne est la dernière proposition de cette envergure à voir le jour. Un peu plus et les blasés vont faire la moue. Sauf que ce projet, qui s'inscrit dans le cadre du festival Hoptimum, se distingue de ses prédécesseurs.

"D'abord, l'envergure du projet est tout autre, car nous disposons de 3.000 m2 en plein-air", explique Nick Torgoff, alias l'artiste Myre, co-organisateur du projet pour Act'Art / La Manufacture 111 avec le soutien du Conseil général de Seine-et-Marne.

Le Chilien Inti au travail sur sa fresque à bord d'une nacelle à Lagny-sur-Marne.

Le Chilien Inti au travail sur sa fresque à bord d'une nacelle à Lagny-sur-Marne.

© Nicolas Gzeley


Des nacelles de chantier pour travailler

"La limite des projets en intérieur, c'est qu'il y a une jauge à ne pas dépasser et des queues interminables pour accéder. Nous, on est à 30 km de Paris mais l'avantage c'est que la jauge est illimitée, tout le monde peut entrer. La différence, ce sont les formats monumentaux, avec des fresques sur la hauteur d'un bâtiment entier. Les artistes ont aussi pu travailler au calme et en plein-air ce qui n'est pas possible à Paris."

Les artistes plasticiens – ne lui parlez pas de graffeurs, trop réducteur – ont surtout disposé d'un matériel de chantier impressionnant, des nacelles hydrauliques qui leur ont permis de travailler jusqu'à 30 mètres au-dessus du sol. Un privilège rare. Comme la liberté absolue qui leur a été accordée. "On leur a juste dit : ta mission c'est de faire le meilleur mur que tu puisses faire dans le temps qui t'es imparti", se souvient Nick Torgoff. "Ils avaient en arrivant le matériel qu'ils avaient demandé avec un soutien logistique éventuel. Ils n'ont pas été rémunérés, c'est la norme, mais ont été défrayés et entretenus", précise-t-il.



Les oeuvres géantes de Pantonio et Inti

Sur le site, impossible de louper les fresques géantes du Portugais Pantonio et du Chilien Inti. Le premier, dont l'œuvre haute de 25 mètres est visible depuis la rue, a imaginé un étrange animal bleu sur une branche tenant dans son poing un oiseau. L'embrasse-t-il ou s'apprête-t-il à le dévorer ? Le second a peint un non moins impressionnant personnage rose (son fétiche, un clown de carnaval issu de la culture bolivienne) tenant un agneau dans ses bras et une lame de couteau dans une main. Un sacrifice va-t-il être commis ?

Inutile de chercher une interprétation littérale. Aucune consigne ne leur a été donnée, mais comme tout bon street artist, leurs œuvres entrent en résonnance avec le lieu où elles s'inscrivent. "On retrouve sur le site une thématique relative à la vie et à la mort. Il y a un rapport à la maladie, à l'accident, à la naissance et à la mort, ainsi qu'au vécu des riverains par rapport à l'hôpital", détaille Nick Torgoff.

Il serait aussi erroné d'interpréter ces œuvres avec une grille de lecture exclusivement hip-hop. Car ces deux artistes, les plus marquants du projet par leur envergure, "sont dans un courant qui s'inscrit dans celui du muralisme, créé par les Sud-américains dans les années 20 et dont le représentant le plus connu est le Mexicain Diego Rivera, compagnon de Frida Kahlo.", explique Nick Torgoff. Pantonio et Inti n'ont pas travaillé à la bombe aérosol, ou très peu, et davantage à l'acrylique. On ne peut donc pas les qualifier de graffeurs.

L'artiste Grems au travail à l'aérosol à Lagny-sur-Marne.

L'artiste Grems au travail à l'aérosol à Lagny-sur-Marne.

© Nicolas Gzeley


Tous les horizons esthétiques et techniques

Legz en revanche, vétéran français du graffiti venu du skate et inventeur du "style spaghetti",  travaille quasi exclusivement à la bombe aérosol. Voir cet amateur de lieux à l'abandon  travailler ici en extérieur sur une nacelle, est assez rare pour être souligné. Grems, rappeur, designer et graffeur est, avec son complice Opera, proche du Graffuturism (contraction de graffiti + futurism). Leur travail est très géométrique, très construit. Ils utilisent des outils – cache et scotch – pour obtenir des angles droits parfaits. Juan est "dans le lettrage parfait, issu de 25 ans de graff".

Surfil et Treize Bis, deux artistes femmes, font du collage, coloré pour l'une, onirique pour l'autre. Gilbert propose un dessin coloré inspiré du vaudou togolais, "naïf dans le rendu", et réalisé avec diverses techniques, dont la peinture et la craie. Quant au Nantais The Blind, il développe un art autour du braille, un "graffiti pour aveugles" tout en volume (des demi-sphères de plâtre géantes collées aux murs) qui fait appel au toucher et "se regarde avec les mains".

C'est précisément là l'objectif de Nick Torgoff et de son complice Gilbert (lui aussi artiste) : montrer la diversité des techniques et des démarches, donner à voir tous les horizons esthétiques et la vitalité de ce qu'on appelle le street art, ce mot fourre-tout qu'ils n'aiment pas beaucoup.  "Au-delà, l'idée c'est de contribuer à la démocratisation de l'accès à la culture. Les artistes plasticiens qui ont travaillé sur le site ont tous en commun de produire de l'art qui a vocation à être vu par tous." Prochaine étape ? Trouver des murs où travailler des oeuvres pérennes, entretenues et rémunérées...

Durant le week-end, outre d'arpenter un gigantesque musée à ciel ouvert, les visiteurs pourront voir une dizaine d'artistes au travail, participer à des ateliers afin de comprendre les techniques, et même combler les petites faims.

We art urban, samedi 16 mai de 14 h à 19 h et dimanche 17 mai de 12 h à 18 h. 
Site Saint-Jean, avenue du Général Leclerc à Lagny (a 25 mn de Paris depuis la gare de l'Est).
Renseignements : parcculturelrentilly. fr 
Tel : 01 60 35 46 72
Entrée libre.