Deux artistes français à l'initiative d'une fresque géante pour la paix à Bogotá

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/09/2016 à 14H21
Des habitants du quartier Mariscal Sucre à Bogotá ont peint une grande fresque pour la paix avec deux street-artists français (1er septembre 2016)

Des habitants du quartier Mariscal Sucre à Bogotá ont peint une grande fresque pour la paix avec deux street-artists français (1er septembre 2016)

© Ivan Valencia / STR / AFP

Des habitants d'un quartier pauvre de Bogotá et deux artistes français ont peint une gigantesque fresque pour la "Paix", oeuvre de street art qui domine symboliquement la capitale de la Colombie, en passe de mettre fin à plus d'un demi-siècle de guerre.

Surplombant la Circunvalar, avenue qui sinue dans la montagne pour relier le coeur de Bogota aux quartiers aisés du nord, les immenses lettres blanches du mot "Paz" (paix) claquent sur le fond vert, violet, rose et bleu, qui a été préalablement peint sur les masures du quartier Mariscal Sucre.
 
"Nous avons terminé juste quelques jours avant que la paix soit conclue !" se réjouit Spag, un Français membre du collectif de street art Outsiders Krew à  l'origine de la fresque, achevée alors que le gouvernement colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) terminaient près de quatre ans de négociations.
 
Le projet a démarré en février et a été réalisé sur 40 jours, entre juillet et août. "Le mot 'paix' en ce moment, dans ce pays c'est génial ! Quand nous avons commencé à parler de tout ça, nous ne pensions pas que cela allait  arriver !", s'enthousiasme ce jeune Normand à barbe rousse, en montrant la  fresque depuis une passerelle proche, point de vue idéal pour capter l'amplitude de l'oeuvre qui s'étale sur 16 maisons.

Colorer les quartiers pauvres de mots choisis par leurs habitants

Dans le cadre de leur projet "Share The Word" (Partager le mot), Spag et  Seb Toussaint, son compagnon d'aventures né aussi à Caen, en Normandie, sillonnent le monde depuis trois ans pour colorer les quartiers pauvres de mots choisis par ceux qui y vivent.
 
"Il y a eu un consensus entre les habitants", confirme à l'AFP Pablo Parra, président du conseil d'action communale de Mariscal Sucre, jugeant "formidable  que la fresque contienne le mot 'paix' alors que nous sommes dans ce processus"  d'achèvement d'un conflit armé de plus d'un demi-siècle. "Cela signifie  beaucoup pour nous, non seulement pour le quartier, mais pour la Colombie !"  ajoute cet homme de 58 ans, dont les yeux clairs se plissent dans un large  sourire.
 
De Manille au Caire, de Katmandou à Nairobi et de la "jungle" des migrants de Calais à Jakarta "nous avons peint 114 fresques contenant chacune un mot : famille, rêve, foi...", a précisé Seb rentré en France, où Spag l'a rejoint la semaine dernière.

Une fresque sur plusieurs maisons

A ces oeuvres postées sur leur blog s'ajoute désormais la fresque de Mariscal Sucre. Le quartier toutefois y figurait déjà : en 2014, les deux artistes de 28 ans y avaient dessiné "bonheur", "humilité", "amour", etc. Mais chacun des 16 mots d'alors s'affichent sur un mur distinct, dont  "honnêteté" chez don Pablo, qui n'en est pas peu fier.
 
"Spag et moi avions un vieux rêve : peindre une fresque sur plusieurs  maisons, qui se voie de loin", ajoute Seb. L'idée de le faire à Bogotá a pris forme grâce aux contacts sur place, dont Juanita del Portillo, de l'université Javeriana située en contrebas du bidonville et qui a en partie subventionné le  projet.
 
Responsable de l'association des bénévoles de l'université, la jeune femme  de 25 ans précise qu'il s'agissait de "concevoir une grande fresque à laquelle participent des gens différents : des habitants du quartier et des étudiants,  des bénévoles issus d'autres classes sociales". A Mariscal Sucre beaucoup en sont ravis, tel Franklin Bravo, un chômeur de 61 ans : "C'est très joli (...) ça  change des murs nus" de briques et ciment bruts.

800 litres de peinture et une vingtaine de peintres

Quelque 800 litres de peinture ont été nécessaires et une vingtaine de personnes ont tour à tour contribué. Mais les maisons s'étageant les unes sur les autres à flanc de montagne, "cela a été plus compliqué que d'habitude", se  souvient Seb.
 
Impossible de peindre tout un mur à partir d'une échelle posée au sol. Les artistes ont dû user de harnais et de perches pour atteindre certains recoins, jouant même les équilibristes sur les poutres de toits précaires, en tôle  ondulée.
 
"Une fois, Seb a atterri deux mètres plus bas, dans la maison de quelqu'un, avec son seau de peinture et son pinceau", se souvient Spag en riant car les dégâts ont été vite réparés et l'artiste s'en est tiré avec juste quelques contusions.