Semaine de la francophonie : quand les langues échangent leurs mots

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/03/2015 à 14H55
Quelques mots devenus français en 2009

Quelques mots devenus français en 2009

© PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN

En 2015, la semaine de la Francophonie célèbre notre langue du 14 au 22 mars. L'occasion d'en observer les évolutions. Elle s'enrichit, ou s'appauvrit parfois, en empruntant à d'autres langues. Pourtant, force est de constater que nombre de mots qui paraissent étrangers viennent en fait de chez nous, le français influençant aussi les langues étrangères.

"Au dessus de la rotonde, le kakémono portait mention d’un kébab assorti de bretzels et de mozzarella. C’était un ersatz de hamburger à déguster arrosé de ketchup sur la moleskine d’un night-club en nickel et plexiglas. Un pool d’aficionados à kipa ou keffieh, ayatollahs de drugstores accompagnés de call-girls, se pavanaient en jouant les gourous de music-hall. Pourquoi prononcer un oukase contre cette pseudo nomenklatura de l’import-export et des médias? Elle se contentait de faire le job."

Qu'on le veuille ou non, ce paragraphe est rédigé en français. Chacun des mots utilisés, venus du japonais, de l'anglais, du russe, de l'arabe, de l'indhi ou de l'italien, est bien français. Naturalisé, mais français. Ceux-là sont bien identifiés, mais qui sait encore aujourd'hui que des mots comme toubib, algèbre, assassin, concert, camarade, maïs, bois ou guerre sont des emprunts plus ou moins anciens à des langues étrangères.

Reportage : M. Larguet / M. Savineau / D. Gavat
Allers-retours

La semaine de la francophonie est le bon moment pour s'amuser à observer cet outil quotidien qu'est notre langue. et d'essayer d'y récouvrir les origines cachées des mots. Mais il est aussi curieux de voir comment le français a pu se glisser dans les vocabulaires étrangers. Et le sourire est souvent au rendez-vous : si l'américain "Déjà vu" ou l'allemand "rendez-vous" sont transparents, savez vous ce qu'est un "bardotka" en Pologne, c'est un soutien-gorge en hommage à la comédienne française des années 60.

Tout comme un "alaindelon" est un vêtement de cuir en Roumanie ! C'est Frank Resplandy qui nous apprend tout cela dans son passionnant livre "L'étonnant voyage des mots français dans les langues étrangères". On apprend également dans cet ouvrage qu'un "ravaillac" est en Suède un libertin et une "guillotine" un massicot à cigare en Angleterre et en Pologne. Quant à la "caravanette", c'est ainsi que les Anglais nomment le véhicule connu chez nous sous le nom de... camping-car!

Et n'oublions pas que les mots peuvent aussi faire des allers et retours. C'est ainsi que le mot tennis a d'abord traversé la Manche sous la forme de "Tenez" qui était le mot d'engagement du jeu de paume, devenu "Tennis" dans la bouche des anglophones et revenu sous ce nom dans l'hexagone.

Abus

Le prétexte de l'évolution de la langue ne doit pas non plus servir à l'enlaidir, surtout quand un mot français existe déjà pour illustrer un concept. Ainsi pourquoi vouloir à tout prix imposer le mot "challenge" (dans ce cas prononcer "tchalennj'") alors que le bien français "défi" est porteur du même sens. Le mot challenge prononcé à la française signifie de son côté un type d'organisation de compétition sportive.

Semaine de la francophonie : du 14 au 22 mars 2015