Un projet de musée du vaudou à Strasbourg

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/08/2012 à 11H08
Crânes de sorciers bonoko, Collection Marc Arbogast

Crânes de sorciers bonoko, Collection Marc Arbogast

© Frederick Florin / AFP

Un musée du vaudou à Strasbourg ? L'idée, de prime abord insolite, est portée très sérieusement par l'ancien PDG des brasseries Fischer et Adelshoffen, Marc Arbogast, propriétaire d'une exceptionnelle collection d'objets vaudou africains.

Les visiteurs de l'exposition "Les Maîtres du désordre", qui vient de s'achever au musée du Quai Branly à Paris, ont pu en apprécier un échantillon d'une quinzaine de pièces, accompagnées d'un cartouche: "Musée vaudou, Strasbourg".

Celui-ci est pourtant encore dans les limbes. Marc Arbogast entrepose pour l'instant les quelque 830 pièces de sa collection, principalement issues du Togo et du Bénin, en un lieu tenu secret dans le centre de Strasbourg. Jamais avare d'une anecdote, le bouillonnant homme d'affaires en montre avec passion les différentes pièces : crânes de prêtres bokono, autels des ancêtres (ou asen), fétiches bocio -maléfiques ou bénéfiques- destinés à obtenir la réalisation d'un voeu, costumes Egungun dans lesquels reviennent les ancêtres, représentations des dieux du panthéon vaudou.

Marc Arbogast, avec un crâne de prêtre bonoko

Marc Arbogast, avec un crâne de prêtre bonoko

© Frederick Florin/AFP
"Il y a quelque chose de beau dans la cruauté et la laideur de ces objets. Et puis chacun est une composition, un assemblage, dans une démarche très proche de l'art contemporain", souligne-t-il. Ossements animaux ou humains, bois, ficelles, clous, cadenas, lames, le  tout recouvert d'une couche de matières sacrificielles: de nombreuses pièces sont un "rébus" qu'il faut décoder. "Nous sommes en train de travailler avec des prêtres pour essayer de reconstituer ces rébus. Nous aimerions aussi, dans le cadre du centre de recherche du musée, travailler sur la pharmacopée du vaudou", explique le collectionneur. Né dans l'ancien royaume du Dahomey (sud de l'actuel Bénin), le culte vaudou s'est propagé avec la traite des esclaves jusqu'aux Caraïbes et en Amérique.

 Un château d'eau néo-médiéval pour accueillir la collection

Grand amateur de safaris, Marc Arbogast raconte avoir commencé à glaner fétiches et statuettes au hasard de chasses africaines, avant d'acheter en 2007 356 pièces au collectionneur et journaliste Jean-Jacques Mandel, un fonds qu'il n'a cessé d'enrichir depuis. Le projet d'un musée est né, et Marc Arbogast a acquis pour l'accueillir un château d'eau à l'abandon, dont les cuves servaient dans le temps de réservoir pour alimenter les locomotives à vapeur. Construit en 1878, l'édifice classé monument historique dresse sa silhouette néo-médiévale près de la gare de Strasbourg.

Le château d'eau (1878) qui devrait accueillir la collection vaudou de Marc Arbogast

Le château d'eau (1878) qui devrait accueillir la collection vaudou de Marc Arbogast

© Ji-Elle/cc
Le collectionneur a associé à sa démarche deux spécialistes: Nanette Snoep, conservatrice au musée du Quai Branly, qui serait chargée de la sélection des oeuvres exposées, et Bernard Müller, chercheur en anthropologie à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), pour la programmation et les  publics.

"La collection de Marc Arbogast est unique en Europe dans le domaine de l'art vaudou, excepté celle de Jacques Kerchache" (montrée à la Fondation Cartier en 2011), souligne ce chercheur. "Un musée permettrait d'aller au-delà des clichés et de comprendre cette religion bien vivante qu'est le vaudou", ajoute-t-il.

La collection attend l'aide des pouvoirs publics

Mais l'ouverture au plus grand nombre n'est pas acquise. Après avoir longtemps attendu l'accord des Monuments nationaux pour les travaux de réhabilitation, Marc Arbogast peine à obtenir un soutien financier des pouvoirs publics, dont il souhaiterait qu'ils prennent en charge un tiers du coût des travaux d'aménagement (800 à 850.000 euros) et les frais de fonctionnement (150.000 euros annuels). "Sinon, cela deviendra un musée privé", prévient-il. Les travaux devant permettre l'ouverture de ce musée privé, au moins dans un premier temps, seront  lancés fin août pour une inauguration en 2013.