Ron Mueck expose ses sculptures troublantes à Rio

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 20/03/2014 à 11H28
"Mask II", autoportrait ensommeillé de Ron Mueck, exposé au Musée d'Art Moderne de Rio de Janeiro (19 mars 2014)

"Mask II", autoportrait ensommeillé de Ron Mueck, exposé au Musée d'Art Moderne de Rio de Janeiro (19 mars 2014)

© Yasuyoshi Chiba / AFP

Quelques mois après avoir connu un grand succès à Paris, les personnages hyper réalistes de Ron Mueck s'installent au Musée d'art moderne (MAM) de Rio de Janeiro, une première au Brésil pour le sculpteur australien.

Un vieux couple tout ridé plus vrai que nature, un jeune homme semblant surpris par sa blessure par arme blanche, deux adolescents aux liens mystérieux, un énorme visage endormi, un homme à la nudité crue dans une grande barque... c'est ce jeudi que le Musée d'Art Moderne de Rio (MAM) donne le coup d'envoi de la fameuse exposition de corps en silicone, troublants car réalistes à l'excès, mais jamais grandeur nature, du sculpteur australien Ron Mueck.
"Man in a boat" (homme dans un bateau), de Ron Mueck, au MAM de Rio (19 mars 2014)

"Man in a boat" (homme dans un bateau), de Ron Mueck, au MAM de Rio (19 mars 2014)

© Yasuyoshi Chiba / AFP
Fréquentation record à Paris, exclusivité à Rio
Cette exposition de neuf oeuvres seulement a accueilli 300.000 visiteurs à la Fondation Cartier d'Art Contemporain à Paris, d'avril à octobre 2013, un record depuis sa création en 1984, et 168.000 à Buenos Aires de novembre 2013 à février 2014, a déclaré mercredi à l'AFP Carlos Alberto Gouvêa Chateaubriand, président du MAM.

"Elle arrive maintenant à Rio, la seule ville du Brésil où on pourra la voir jusqu'en juin. Nous tablons sur un public de plus de 200.000 personnes", souligne-t-il.

Un réalisme déroutant
La plus imposante des sculptures qui peuplent le deuxième étage du MAM, "Couple under an umbrella" (2013), frappe d'emblée le visiteur. Elle montre un couple de personnes âgées à la plage, elle assise, lui allongé avec la tête reposant sur l'une de ses cuisses. La posture et la texture sont tellement justes -jusqu'au bout des ongles, jusqu'aux poils - qu'ils semblent vivants malgré leur taille hors du commun.
"Couple under umbrella" (couple sous le parasol), de Ron Mueck, au MAM de Rio (19 mars 2014)

"Couple under umbrella" (couple sous le parasol), de Ron Mueck, au MAM de Rio (19 mars 2014)

© Yasuyoshi Chiba / AFP
"C'est comme si on voyait nos grands-parents quand on était enfant. Si la dame se levait elle ferait 4,5 mètres de haut. Ron Mueck joue sur des changements d'échelle surprenants non pas pour créer des effets spéciaux mais pour stimuler notre mémoire. Nous ne sommes pas dans le domaine de la représentation sociale mais dans celui de l'inconscient, dans ce que nous sommes à l'intérieur de nous-même", explique à l'AFP Grazia Quaroni, de la Fondation Cartier, commissaire associée de l'exposition.

Un poulet pendu par les pattes, souvenir de la grippe aviaire
"Nous présentons ici 9 des 40 oeuvres de Ron Mueck, c'est-à-dire 25% du total", ajoute Grazia Quaroni. Parmi elles, trois ont été réalisées spécialement pour l'exposition. Elles représentent toutes des êtres humains, à l'exception de "Still Life" (2009) qui est une nature morte d'un poulet pendu par les pattes de plus de 2 mètres, conçu pendant la dernière épidémie de grippe aviaire.
"Still Life" (Nature morte) de Ron Mueck, à Rio (19 mars 2014)

"Still Life" (Nature morte) de Ron Mueck, à Rio (19 mars 2014)

© Yasuyoshi Chiba / AFP
"La nature morte est un classique de la peinture. Les sources d'inspiration de Ron Mueck viennent de n'importe où, de sa famille, du miroir, de ses rêves ou de scènes qu'il voit dans la rue", précise encore la commissaire associée, qui se félicite que l'exposition arrive au Brésil l'année des 30 ans de la Fondation Cartier qui a une "forte relation avec ce pays et tous les aspects de la culture brésilienne".

Dans "Woman with shopping" (2013), Mueck imagine une mère dont les bras chargés de sacs de provisions l'empêchent de tenir son enfant qu'elle ne regarde même pas, les yeux perdus dans le lointain.
Le bébé fourré dans le manteau de sa mère, la "Woman with shopping" (femme avec provisions), à Rio (19 mars 2014)

Le bébé fourré dans le manteau de sa mère, la "Woman with shopping" (femme avec provisions), à Rio (19 mars 2014)

© Marcelo Fonseca / Estado Conteudo / Agência Estado
Dans "Mask II" (2009), l'artiste a représenté son propre visage en grand format, en plein sommeil, état dans lequel, selon son ami et collectionneur Anthony d'Offay, présent à Rio pour l'inauguration, il crée ses oeuvres.

Un questionnement sur soi et l'humain
Conçue en silicone, en résine de polyester et fibre de verre pour reproduire fidèlement chaque détail de l'anatomie humaine, chaque oeuvre est le point de départ d'un questionnement sur soi et sur les autres.

L'exposition se complète d'un film captivant, sans paroles, révélant l'intimité du processus de création. "Still life: Ron Mueck at work (2011-2013)" nous montre l'artiste natif de Melbourne en plein travail dans son atelier de Londres, ville où il s'est installé dans les années 80.

"Ron Mueck est mal à l'aise dans les vernissages, il ne vient pas souvent mais il est très à l'aise dans son atelier", souligne Grazia Quaroni. Mueck fait du temps un élément privilégié de sa création. Il a exposé aussi dans des musées au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Mexique.