Rodin dialogue avec l'antique à Paris

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/11/2013 à 19H20
Auguste Rodin au milieu de ses antiques, vers 1910

Auguste Rodin au milieu de ses antiques, vers 1910

© Musée Rodin, photo A. Harlingue

Toute sa vie, Auguste Rodin s’est passionné pour l’art antique, collectionnant des pièces, y puisant l’inspiration et jouant parfois avec de façon assez amusante. Après le Musée Arles antique l’été dernier, le Musée Rodin de Paris raconte ce dialogue incessant entre le sculpteur français et ses ancêtres gréco-romains (jusqu’au 16 février 2014)

Reportage : Nicole Bappel, Virginie Delahautemaison, Rupert Edgell
"Maintenant, j’ai fait une collection de dieux mutilés, en morceaux, quelques-uns chefs-d’œuvre. Je passe du temps avec eux, ils m’instruisent, jaime ce langage d’il y a 2000 ou 3000 ans, plus près de la nature qu’aucun autre", écrivait Rodin en 1905.
 
Le Musée Rodin a sorti de ses réserves 89 œuvres de cette collection de 6400 antiques du sculpteur : vases, figurines en terre cuite, statues en bronze et en marbre souvent à l’état de fragments, qui ont été restaurées pour l’exposition.
 
Des antiques qu’il voit d’abord comme des objets de copie, avant de se les approprier complètement jusqu’à même les assembler avec ses œuvres et y puiser "bonheur de vivre, quiétude, grâce, équilibre, raison".
Main gauche colossale tenant une draperie, Ier siècle après JC

Main gauche colossale tenant une draperie, Ier siècle après JC

© Musée Rodin, ph. Angèle Dequier
 
La Vénus de Milo, merveille des merveilles
"La Vénus de Milo est une des grandes passions de Rodin", confie la commissaire de l’exposition, Bénédicte Garnier. Il a écrit un texte sur la célèbre statue grecque, la qualifiant de "merveille des merveilles". Dans l’exposition, un moulage en plâtre de la Vénus de Milo ou une "Vénus accroupie" antique du Louvre côtoient "La Prière" de Rodin, sculpture acéphale et sans bras. Ou de petits plâtres de Rodin figurant une cariatide ou une femme accoupie.
 
Pourtant, Rodin ne copie plus ces œuvres : "Il veut puiser à la source devant le modèle vivant où il retrouve l’Antique", explique Bénédicte Garnier.
 
A côté des grandes Vénus, Rodin avait une importante collection de petites figurines de la déesse de l'amour dans toutes les postures, une centaine, "à mettre en relation avec ses dessins d’après modèles vivants", fait remarquer la commissaire.
A gauche, la collection d'antiques sous le péristyle du pavillon de l'Alma à Meudon, anonyme, entre 1906 et 1917 - A gauche, L'Homme qui marche

A gauche, la collection d'antiques sous le péristyle du pavillon de l'Alma à Meudon, anonyme, entre 1906 et 1917 - A gauche, L'Homme qui marche

© A gauche, musée Rodin - A droite, musée Rodin, ph. Christian Baraja
 
Vers l’homme qui marche
Une petite "Iris, messagère des dieux" suspendue fait penser à "L’Origine du monde" et rappelle également de petites Baubos d’Egypte datant de l’époque romaine.
 
Rodin s’intéresse aussi au corps masculin. Il collectionne de nombreux fragments, de grandes mains en marbre, des jambes en bronze, des pieds, se constituant "une sorte de répertoire de formes dont il s’inspire", selon Bénédicte Garnier. Il aime aussi les statues mutilées : "Parce qu’elles sont incomplètes, ne sont-elles plus des chefs-d’oeuvre ?" se demande l’artiste en 1907. Des recherches qui mèneront à "L’Homme qui marche".
 
Plus incongru, Rodin n’hésite pas à s’amuser avec des pièces antiques, à en faire des matériaux de ses œuvres : il installe des figures de sa main dans des coupes antiques. Sur une petite statue en bronze acéphale il pose une tête d’enfant en plâtre de sa main.
Auguste Rodin, Torse féminin agenouillé dans une coupe

Auguste Rodin, Torse féminin agenouillé dans une coupe

© Musée Rodin, ph. Christian Baraja
 
La tête Warren, un modèle de beauté pour Rodin
L’Antique n’est pas quelque chose qu’il faut enseigner à un artiste débutant, pense Rodin : "Si, les yeux fermés à la Nature, il va droit à l’Antique, il a les mains liées", écrit-il. "C’est par (l’Antique) qu’on doit finir", pense-t-il au contraire.
 
Il mêle la nature qu’il observe dans son atelier avec la mythologie, il déforme dans le marbre, l’étirant, le corps d’une Centauresse, symbole de l’alliance entre corps et âme.
 
Rodin avait une grande collection de pièces antiques, dont il vivait entouré dans la maison de Meudon. Mais il n’avait pas pu s’offrir celle qu’on appelait la "tête Warren", du nom de son propriétaire, qui ne voulait pas s’en séparer. Il trouvait "admirable" ce portrait antique de jeune fille en marbre, au sommet de la tête coupé. Pour lui elle incarnait "la vie même", il y voyait "tout ce qui est beau".
 
Elle a été prêtée par le musée de Boston au musée Rodin, où elle est exposée à côté du portrait de Mrs Russell, fait dans l’atelier de Rodin. Ce portrait, comme l'autre, est amputé du haut de sa tête et apparaît comme un fragment antique. Le sculpteur a effectué plusieurs variations autour de cette figure, qu’il "réantiquise", lui posant un temple sur la tête ("Pallas au Parthénon").
Auguste Rodin, Pallas au Parthénon, marbre

Auguste Rodin, Pallas au Parthénon, marbre

© Musée Rodin, ph Christian Baraja
 
Rodin, la lumière de l’antique, Musée Rodin, 79 rue de Varenne, 75007 Paris
Du mardi au dimanche, 10h-17h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h45, fermé le lundi
Tarifs
Du 19 novembre 2013 au 16 février 2014