Retrait par le Centre Pompidou d'une oeuvre de Jeff Koons, accusé de contrefaçon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/12/2014 à 20H10
"Fait d'hiver" Jeff Koons, vente Christie"s 2007

"Fait d'hiver" Jeff Koons, vente Christie"s 2007

© EMMANUEL DUNAND / AFP

L'oeuvre de Jeff Koons "Fait d'hiver" a été retirée de la rétrospective consacrée à l'artiste américain au Centre Pompidou, à la demande du prêteur, à la suite des accusations de contrefaçon portées par un publicitaire, a annoncé mardi le musée. Par ailleurs, on a appris mercredi après-midi qu'une autre oeuvre initialement inscrite dans la rétrospective faisait l'objet de poursuites similaires.

Franck Davidovici, l'auteur des campagnes de Naf-Naf dans les années 1980, a accusé Jeff Koons de contrefaçon au vu de l'oeuvre en porcelaine de l'artiste.

Datant de 1988, cette dernière présente des similitudes avec une publicité pour la marque de prêt-à-porter féminin réalisée en 1985, intitulée aussi "Fait d'hiver" et qui met en scène un cochon venant au secours d'une femme allongée dans la neige.

Alain Seban, président du Centre Pompidou, rappelle dans un communiqué que "des questions similaires se sont déjà posées aux Etats-Unis pour d'autres oeuvres de la série 'Banality' (réalisée par Koons), dont le principe même est de partir d'objets achetés dans le commerce ou d'images issues de la presse".

Droit de citation

"Une large part de la création moderne et contemporaine repose sur le concept de citation, voire d'appropriation. Il est essentiel que les musées puissent continuer à rendre compte de ces démarches artistiques", souligne Alain Seban.

Le Centre Pompidou précise que le retrait a été effectué "à la demande du prêteur" de l'oeuvre. Un huissier s'était rendu mi-décembre au centre Pompidou pour prendre en photo, sous tous les angles, cette création intitulée "Fait d'hiver", comme la publicité, et saisir divers documents.

Il existe quatre exemplaires de cette oeuvre. Celui qui était exposé au Centre Pompidou a été vendu environ trois millions d'euros en 2007 chez Christie's à New York.

Une autre accusation pour contrefaçon

Les ayants droit du photographe français Jean-François Bauret, mort en janvier, accusent Jeff Koons de contrefaçon pour une oeuvre qui devait être initialement exposée lors de la rétrospective au Centre Pompidou, a fait savoir la famille du photographe.

Intitulée "Naked" (Nus), l'oeuvre est une sculpture en porcelaine représentant un garçon et une fille âgés de huit-dix ans et nus. Selon Claude Bauret-Allard, épouse de Jean-François Bauret mort en janvier, cette oeuvre est très directement inspirée d'un cliché du photographe visible sur son site et représentant lui aussi deux enfants nus. Jean-François Bauret était un spécialiste du "portrait nu".

Datant de 1988, "Naked" figure dans le catalogue de la rétrospective, et selon Mme Bauret, son cartel (étiquette d'information) est toujours présent à l'exposition. D'après le Centre Pompidou, interrogé par l'AFP, l'oeuvre devait bien être exposée durant la rétrospective, mais "il a été constaté que, vraisemblablement pendant le transport, elle avait été légèrement endommagée et il a été décidé de ne pas la présenter".

Un courrier dénonçant une "contrefaçon de droit d'auteur" a été adressé à Jeff Koons un mois avant l'ouverture de l'exposition le 26 novembre et à la direction du Centre Pompidou le jour de l'inauguration, a dit à l'AFP l'avocat de la famille Bauret, Stephanie Legrand. Ces courriers, a précisé l'avocate, n'ont reçu aucune réponse ni de Jeff Koons, ni du Centre Pompidou, qui ne confirme pas avoir reçu cette missive.

Déjà des poursuites dans le passé

Jeff Koons a déjà été poursuivi à trois reprises pour plagiat et a été condamné par deux fois. Alain Seban, président du Centre Pompidou, a rappelé dans un communiqué que "des questions similaires se sont déjà posées aux Etats-Unis pour d'autres oeuvres de la série 'Banality', dont le principe même est de partir d'objets achetés dans le commerce ou d'images issues de la presse".

"Une large part de la création moderne et contemporaine repose sur le concept de citation, voire d'appropriation.", a-t-il souligné.